Chaque année, la commune de Punaauia fait revivre la cueillette des oranges en organisant une journée dédiée spécialement à ce fruit. En effet, ce sont des centaines de Polynésiens qui gravissent le plateau de Tamanu à Punaauia pour cette cueillette. Cette fière devise est devenue un rite annuel et une pratique bien vivante de nos jours grâce à l’association des porteurs d’oranges. De plus, la présence d’orangers sauvages en altitude au fond de la vallée de la Punaruu est une bénédiction pour les amoureux de la nature et les habitants de la commune de Punaauia qui entretiennent le rite de la cueillette annuelle depuis plusieurs générations.

La cueillette annuelle de cet agrume, sur le plateau de Tamanu, est l’occasion d’une grande fête et de concours dans la commune de Punaauia, à Tahiti. L’orange est le symbole de la commune Punaauia et le fruit symbolique est mis à l’honneur dans la commune le 23 et 24 juin de chaque année. Depuis une trentaine d’années, l’orange devient le centre de la vie de commune pendant une semaine. Tout au long de la semaine, c’est près de 300 ramasseurs d’oranges qui partent dans la vallée de la Punaruu pour se rendre sur les plateaux des orangers : Tamanu, Ofaito et Puarata, afin de débroussailler et baliser le terrain avant de cueillir les oranges et préparer leur vente au village des artisans qui se tiendra dans les jardins de la mairie. Traditionnellement, les hommes sont vêtus d’un pareo et d’une couronne de fleurs.

Dès l’aube, des dizaines de groupes de cueilleurs, jeunes comme adultes, entament l’ascension du plateau de Tamanu qui regorge d’oranges. Les porteurs ont une particularité : “la bosse de l’orange”, elle apparaît avec les années et ne disparaît jamais. À force de balancer la charge de plusieurs dizaines de kilos d’une épaule à l’autre, en faisant rouler le bambou sur le bas de la nuque, la bosse apparaît. C’est une boule graisseuse que le corps fabrique pour protéger les cervicales. Certains démarrent la montée à leur rythme, tandis que  les plus expérimentés ne ménagent pas leurs efforts, pressés d’atteindre le but sacré, en honneur au guerrier Puna. « Selon la mythologie polynésienne, Puna est un guerrier de sang royal rendu célèbre grâce à ses combats dans la presqu’île de Tahiti et par son idylle avec une princesse vivant parmi les oranges à la couleur rouge. C’est ainsi que la légende du guerrier Puna s’est imprimée sur les flancs des montagnes de la côte ouest, sur le bord de mer, les plateaux, les vallées et les rivières. Ancrée dans l’imaginaire de tous les Polynésiens, cette légende a donné naissance au rite de la cueillette des oranges. »

 

Après avoir traversé le plateau de Tamanu, situé à 600 mètres d’altitude, il faut redescendre au fond du magnifique cirque rocheux dominé par les monts Marau, Aorai, Orohena, Tahiti et la crête du Diadème. Et c’est après plusieurs heures d’efforts, que les marcheurs atteignent le Fare Anani, le refuge des porteurs d’oranges, c’est à nouveau une difficile montée le long d’une crête rocheuse pour arriver à l’altitude de 804 mètres, celle du fameux plateau de Rata où les oranges règnent en abondance. Mais c’est la cueillette qui est la phase la plus récréative du rite. En effet, pour attraper ce fruit, il faut tenter de les décrocher avec un grand bâton de bois ou, pour les plus agiles, de monter en haut de l’arbre pour les cueillir sur les branches.

Puis vient le moment de la descente des plateaux, avant le lever du soleil, les cueilleurs se regroupent sur le sentier de départ et disent des prières communes. Cette épreuve est très difficile et aussi très spectaculaire. Après avoir rassemblé les oranges dans des filets tressés en fibres naturelles appelés glanes, on place en équilibre, le trésor sur le haut de l’épaule le bambou, chargé à ses extrémités d’autant de glanes que l’on se sent capable de porter. C’est alors que commence la longue descente. Une épreuve où la tension nerveuse est encore plus harassante que l’effort musculaire à fournir. Un élan mal contrôlé, un pied mal positionné, une glissade sur les feuilles mouillées, c’est la chute dans le ravin et pour le moins, la perte de la précieuse cargaison. Sont récompensés, les plus belles oranges, les plus mûres, les plus lourdes, mais aussi la plus belle glane, la plus belle charge, le plus beau porteur.

 

D’ailleurs, l’année dernière Manavai Brotherson a escaladé pour la première fois le plateau de Tamanu afin de réaliser, sa première cueillette d’oranges. Le départ lancé dès 7 h 30, avec son sac à dos, ses chaussures de randonnée et de l’eau, l’ascension vers le plateau débute alors. C’est après de longues heures de marche et de grimpe, que les porteurs d’oranges arrivent enfin au refuge. Après le déjeuner, ils descendent tous à la rivière pour se rafraichir, suivit d’une petite ballade de 2 heures. À leur retour au refuge, la soirée se déroule comme à son habitude en musique : ukulele, guitares, chants polynésiens sont au rendez-vous. Après une courte nuit, baignée par des ronflements divers, ils repartent.

« Ce fut une expérience très enrichissante pour moi, je garde de beaux souvenirs, malgré d’énormes courbatures aux jambes », affirme Manavai, exténué par cette journée riche en émotion.

 Matira Millard

Sources :
https://www.tahiti-infos.com/Punaauia-fete-l-orange-les-21-22-et-23-juin_a181427.html
https://www.tahitiheritage.pf/cueillette-oranges-tamanu/
https://www.tahitimanava.pf/La-fete-de-l-orange-a-Punaauia_a99.html
https://tahititourisme.fr/fr-fr/enterprise/la-fete-de-lorange-punaauia/
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