Malgré la volonté pacifiste de la construction Européenne, une guerre fait rage, depuis maintenant sept ans, aux portes du vieux continent. En effet, de multiples affrontements perdurent dans la région ukrainienne du Donbass, frontalière avec la puissante Russie. Ce conflit armé, sanglant pour les populations locales, ne fait pourtant l’objet que d’une très faible exposition médiatique. Comment alors expliquer l’émergence d’un tel conflit, tant dans sa violence que dans sa durée, dans un contexte général de paix en Europe ?

L’Ukraine, deuxième pays d’Europe en termes de superficie, n’a obtenu son indépendance qu’en 1991, suite à l’implosion de l’URSS. Cet ancien État soviétique situé dans l’est du vieux continent est frontalier avec la Russie, avec laquelle il entretient d’ailleurs encore d’étroits liens.

Le seul conflit armé existant encore de nos jours en Europe, qui enlise l’Ukraine et implique officieusement la Russie, prend racine dans l’échec de la construction européenne. En effet, au crépuscule de l’année 2013, l’Ukraine semblait en bonne voie pour signer avec l’Union européenne un accord d’association dans le but de favoriser une coopération plus étroite entre les différents États-membres. Cependant, le Président de l’époque, Viktor Ianoukovytch, caractérisé par sa volonté autocratique, a brusquement mis fin aux négociations au profit d’un accord avec la Russie. Face à ce tournant inattendu, des manifestations pro-Europe ont éclaté notamment dans la capitale, Kiev. Les frondeurs dénonçaient, entre autres, le conflit d’intérêt dans lequel le président était impliqué et militaient en faveur de l’intégration européenne. La tension était palpable et les mouvements de contestation s’accentuant, la répression se fit en retour de plus en plus sanglante. Ainsi, près d’une centaine de manifestants perdirent la vie au cours du mois de février 2014.

La naissance de la révolution du Maïdan

Par la suite, la situation économique désastreuse dans laquelle était plongé le pays depuis le début de la présidence d’Ianoukovytch exacerba en outre la fronde populaire. C’est ainsi que débuta la révolution ukrainienne, surnommée la révolution du Maïdan (ou Euro Maïdan), en référence à la place de l’Indépendance (“Maïdan” en Ukrainien), principal foyer des affrontements. Malgré le silence médiatique à ce sujet, ladite place devint l’épicentre d’un conflit féroce et se mua en un véritable champ de bataille. L’implication de certains groupes armés d’extrême droite catalysa par ailleurs les combats et les forces gouvernementales ripostèrent à l’aide de tirs de snipers, tuant ainsi de nombreux civils. Suite à la pression populaire grandissante, Ianoukovytch fut forcé de démissionner et s’exila en Russie.

En parallèle des sanglants affrontements ébranlant la capitale, la Russie profita du contexte de chaos et d’instabilité pour annexer la région ukrainienne de la Crimée. Officiellement, la Crimée aurait simplement exercé son droit à l’autodétermination par la voie d’un référendum démocratique. En vérité, l’implication de forces armées russes révéla une volonté claire de Moscou de mettre la main sur cette région, afin d’accéder à une nouvelle façade maritime stratégique ainsi qu’à de nombreuses ressources énergétiques.

Déplacement du conflit dans la région du Donbass

Par la suite, le contexte sensible de tensions nourrit certaines tendances séparatistes, notamment à l’est du pays, dans la région du Donbass. En effet, dans cette région russophone et partageant de nombreuses similitudes avec le pays de Tolstoï, des manifestations pro-russes s’organisèrent en réponse à l’Euro maïdan. Rapidement, les manifestations se muèrent en véritables émeutes face au nouveau gouvernement et deux Républiques indépendantes furent proclamées dans les principales villes de la région: la République populaire de Donetsk et la République populaire de Lougansk. Cependant, l’Ukraine répondit par la force armée afin d’éviter le même mécanisme que celui ayant causé la perte de la Crimée. Ainsi, le conflit fut transposé de la capitale vers l’est du pays puisque s’opposaient à présent dans la région du Donbass les forces officielles ukrainiennes, les forces séparatistes pro-russes et des milices soutenues officieusement par Moscou. Ainsi naquit la guerre du Donbass.

Dès lors, la situation se figea, les forces en présence campèrent sur leurs positions et le conflit s’enlisa. Ainsi, les séparatistes pro-russes, soutenus officieusement par des milices financées par la Russie, affrontent quotidiennement l’armée ukrainienne à travers une véritable guerre de tranchées.

Une exposition médiatique quasi inexistante

Aujourd’hui, le conflit a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts, aussi bien civils que militaires mais reste largement sous silence médiatique. En effet, mis à part l’épisode de l’abattage par erreur du vol MH17, seule exposition à l’échelle mondiale du conflit, la situation demeure catastrophique dans l’indifférence la plus totale. L’horreur des affrontements quotidiens a laissé place à l’ennui et la lassitude. Malgré les multiples cessez-le-feu et les accords de Minsk signés en 2014, la volonté pacificatrice des dirigeants reste toutefois défaillante, ce qui annonce un bien sombre avenir pour les populations locales.

Elio LEVY-SOUSSAN

Si le sujet vous intéresse, je vous encourage à jeter un coup d’œil aux excellents reportages du Grand JD et de Simon Puech, illustrant parfaitement l’immobilisme actuel du conflit ainsi que les conditions de vie déplorables des civils et des militaires.

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