Hier soir se tenait l’ouverture du Festival International du Film de la Roche sur Yon. Plus de 800 spectateurs étaient présents. Après un morceau de l’atelier jazz du conservatoire de la Roche-sur-Yon et quelques discours, cette “belle et grande fête du cinéma”, pour reprendre les mots de Monsieur le maire, s’est ouverte avec la projection du film Illusions perdues de Xavier Giannoli.

Paris, époque de la Restauration. On suit le personnage principal Lucien de Rubempré, jeune poète d’Angoulême venu à Paris pour trouver public à ses poèmes. Le spectateur découvre à ses côtés les univers de l’édition, du journalisme, du théâtre, de la publicité et des soirées mondaines. Lucien découvre peu à peu l’envers du décor. Les livres ne sont édités qu’en fonction de l’influence de l’auteur et de sa popularité actuelle au détriment de leur valeur littéraire. Les journalistes ne vendent pas de l’information mais de la publicité, bonne ou mauvaise. La popularité d’une pièce de théâtre ne dépend que du nombre de billets donnés à la personne en charge des applaudissements dans le public. En somme, tout s’achète. Lucien montre alors une étonnante capacité d’adaptation, comprenant immédiatement les rouages de ces milieux et s’en servant à son avantage, aidé par son ami et collègue Étienne Lousteau. Dans chacun de ces lieux, Lucien fait la rencontre de personnages avec lesquels la relation change au rythme de son ascension sociale. Plus Lucien a du pouvoir, plus il est dangereux pour la réputation de chaque personnage. Il devient de plus en plus respecté et joue de ce pouvoir, jusqu’à la perte de ses illusions.

(Crédit photo : Gaumont)

Le film est réussi. Pendant 2 heures et 29 minutes, le scénario bien adapté montre clairement l’ascension de Lucien puis sa descente aux enfers. On entre très facilement dans l’histoire détaillée qui nous est racontée permettant ainsi une bonne compréhension du film dès le premier visionnage. Cette compréhension est facilitée par la voix-off qui accompagne le spectateur tout au long du film. Petit bémol, cette voix-off est presque trop présente, l’entendre au début et à la fin du film aurait peut-être suffi. Le réalisateur capte l’attention du spectateur jusqu’à la toute fin grâce à des retournements de situation inattendus. On retiendra pendant longtemps le suspense mémorable d’une scène de la fin du film, rassemblant tous les personnages dans un seul et même lieu pour un instant décisif dans leur vie.

Les acteurs jouent à merveille, on en vient à les haïr pour certains. D’autres nous inspirent de la méfiance. Le spectateur a l’impression de vivre avec Lucien la passion dans ses relations amoureuses avec Marie-Louise-Anaïs de Bargeton puis avec la jeune actrice, Coralie. On se surprend à s’amuser des conversations de Lucien et Lousteau ou bien à prendre parti lors d’une joute verbale entre deux personnages.

Les décors, magnifiques, montrent à la fois la modestie des quartiers pauvres, la richesse des théâtres et la somptuosité des demeures de l’aristocratie.

Le film nous plonge au cœur des classes sociales et des règles qui les régissent. Chaque personnage n’est qu’un “pantin social”, comme le dirait Lousteau, ne cherchant que la reconnaissance des autres “pantins sociaux”. Le film critique également le lien étroit entre pouvoir, argent et médias qui, à cette époque comme à la nôtre, pose question.

Vous voulez en savoir plus sur Illusions perdues ? Consultez notre article “Illusions perdues : de la littérature au cinéma” ou la playlist Hashtag Infos du film.

Bastien Vincendeau

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