« Procès contre l’Anthropocène », réalisé par Corentin Devernois, étudiant en 2e année de DUT Infocom, est le texte de sa soutenance d’Atelier d’Environnement Professionnel effectuée le 13 mars 2020… Le jour où on appris qu’il fallait se confiner. Comme en écho est venu le covid-1ç, avertissement de la nature qui nous a dit, selon la formule qui a tourné sur Twitter : « de retourner dans notre chambre, pour réfléchir à ce qu’on a fait »… Le texte de Corentin, comme d’autres du genre (lire le plaidoyer de Jeanne Dugas, prononcé le même jour), est toujours plus nécessaire. Hashtag-Info lui a donc demandé les images et le texte de sa soutenance, afin de les partager…

En ce jour tant redouté des oraux d’AEP, j’ai envie vous raconter une histoire. Une histoire que vous raconterez peut-être à vos enfants, bien qu’elle soit terrible et cinglante. Cette histoire, c’est celle de notre monde, qu’on pourrait qualifier malheureusement de creux et mortifère. Alors bon, aujourd’hui, si je souhaite dresser un portrait négatif de notre société, ce n’est pas pour vous effrayer. J’ai surtout constaté que des questions, qui me semblaient primordiales, étaient délaissées des grands médias, des questions climatiques notamment, et qu’au delà même de l’ignorance dont certains pouvaient faire preuve, d’autres étaient touchés par une forme d’inquiétude, et préféraient se morfondre. Alors, je souhaite à présent me saisir de cette occasion de m’exprimer face à vous, pour que nous prenions ensemble un certain recul sur notre monde, et notre condition d’Humain dans la nature. J’ai envie de vous donner des éléments clés de lecture pour comprendre notre environnement, et pas spécialement d’être alarmiste, parce que d’autres le font très bien, comme Greta Thunberg ou d’autres moins connus. Je pense qu’aujourd’hui, ces cris d’alarme ont perdu en efficacité. J’ai donc la volonté d’aller au-delà de notre quotidien d’étudiant ou de professeur, parce que oui, on est amenés à trier nos déchets, à manger bio parfois. Les plus ambitieux se délaissent de leurs voitures ou cessent d’acheter des aliments trop énergivores à produire. Et pourtant, pourtant, il subsiste toujours cette négligence vis-à-vis du climat, comme si elle n’était qu’une prise de position politique, comme si cela ne nous concernait pas directement. Alors, pour réagir face à des réactions compréhensibles mais tristes, je vais d’abord nous faire prendre un peu de hauteur, pour discerner cette cupidité et cette avidité qui nous définit si bien. Parce qu’aujourd’hui, nous, femmes et hommes, je pense qu’on est véritablement des pigeons.

Nous sommes des pigeons, vous êtes des pigeons,
et je suis un pigeon.


Ou bien non, attendez, non, on va plutôt dire qu’on est des chats, c’est plus mignon, nous sommes bien d’accord.

Enfin bref, ces comparaisons me permettent de vous rappeler tout simplement que nous sommes des animaux. Nous marchons, nous respirons, nous grandissons, nous vieillissons, nous sommes des animaux. Aujourd’hui il n’y a pas de loi universelle nous permettant d’affirmer de manière objective que nous sommes des êtres supérieurs. D’ailleurs, la seule conclusion objective de différenciation entre nous et les autres : c’est le rire. Mais du coup, si nous sommes des animaux, notre empreinte sur la biodiversité ne s’en retrouve pas moindre. En effet, sur Terre, nous ne représentons que 0,01% des êtres vivants. Et devinez quoi ?

Nous sommes aussi à l’origine de la mort
de 95% de la globalité de tous les êtres vivants.

Mais comment cela est-il possible ?
Eh bien, bienvenue dans l’univers merveilleux et fantastique de l’anthropocène, l’âge d’or de l’Humanité si je puis dire, qui a su tirer profit des ressources de notre planète pour accroître démesurément son confort de vie au détriment de la vie globale.


C’est nous et notre monde : terne, grisonnant, superficiel. Agglomérés dans les centres-villes, les humains consomment, tout est monnayé : paires de chaussures tendances, burgers, voitures, des biens matériels.

Dans les rues, les voitures s’entassent, nageant dans un épais nuage de pollution. Dans ce labyrinthe fait de ferraille, qu’on distingue quelques lumières des enseignes publicitaires. Dans ce monde de l’amour matériel, le superficiel nous animent tristement. On se donne l’illusion du bonheur.


Derrière les comptoirs des fast-foods, on se retrouve déguisés par des artifices symboliques. Se parer de marques est devenu un gage de reconnaissance sociale, c’est l’humain lui-même qui se détache de sa propre condition et délaisse ses prochains, lorsque l’économie nous greffe sur la peau les signes de notre échelle sociale, à savoir si nous avons réussi ou si on a échoué. Nous sommes comparables à des souris, oui, des souris de laboratoires. Esclaves si je puis dire.


Nous nous entassons dans les usines, à produire à foison, des objets, à ne pas voir la lumière du jour, au rythme des étoiles, à notre sueur.

Celles et ceux qui osent prendre du recul sur notre monde et avertir les populations, pour témoigner sur des alternatives plus justes, sont matraqués, gazés.

C’est donc tout un monde qui, à mon sens, s’éteint à petit feu, une démocratie qui s’attriste, un monde régit par la finance qui n’a de cesse que de nous inculquer des valeurs malsaines. Je crois que vous comprenez, je crois qu’aujourd’hui, nous sommes réduits à une forme d’obscurantisme, une vision de la vie réduite au prisme de l’économie de marché. Et malheureusement, c’est une façon de vivre qui ne permet d’atteindre l’égalité sociale et écologique, parce qu’au delà même de la paupérisation du monde dans notre pays ou partout ailleurs, c’est le manque de communication sur les dangers de ce système qui nous tient, parce que c’est ce mécanisme qui nous réduit à croire qu’on ne peut faire autrement, que nous sommes coincés à cet état de consommateur impuissant, qui agresse en permanence la faune et la flore. En conséquence, on a atteint un effet de prédation sans précédent. D’après l’Onu, minimum 200 millions d’espèces animales et jusqu’à 1 milliard d’ici à 30 ans devraient disparaître. Tout cela sous notre influence.

Nous avons déjà réduit de 60% la totalité
des populations d’animaux vertébrés en quarante ans

Alors que sous notre influence, nous avons déjà réduit de 60% la totalité des populations d’animaux vertébrés en quarante ans, rien ne s’arrête. Il ne faut pas chercher bien loin pour observer les dérives climatiques : des feux en Australie, des feux en Afrique, des feux au Brésil, et que ces derniers jours on a eu la 6 ème tempête de l’année, que d’ici à 2100, ce serait les 2 tiers de la Belgique qui devrait se faire submerger régulièrement par les marées. Aujourd’hui, la crise que nous ne voyons pas, elle est très brièvement abordée sur les plateaux TV, ce n’est pas assez sensationnel apparemment pour faire de l’audimat. Les médias ne parlent plus que des faits spectaculaires, mais à côté n’accordent pas de temps au propos des scientifiques. Alors, si je suis là aujourd’hui devant vous, c’est pour que nous nous posions les bonnes questions dorénavant. Je n’ai pas envie de tomber dans de la morale à 2 balles et vous dire que c’est pas bien d’acheter du Nutella. Ça va peut-être faire un peu cucu la praline ce que je vais dire, mais s’approprier la question de l’écologie relève d’un hymne à la vie.

L’écologie est un hymne à la vie

En temps qu’étudiants, c’est même un devoir citoyen à présent, je crois, de rendre pérenne le monde pour plus tard, pour notre vie, et celle de nos enfants. Oui c’est facile de tomber dans la crainte, la paranoïa, l’anxiété quand on sait ce genre de choses, on en pleure même parfois, j’en ai moi-même fait l’expérience en temps que militant pour le climat. Mais il faut savoir rationaliser, s’ouvrir à ce qu’il se passe actuellement, avoir un recul nécessaire pour s’approprier correctement l’information, et tenter au mieux, de faire des choix pour demain. Ce qui manque aujourd’hui, comme a pu laisser l’entendre Clément Viktorovitch, c’est que pour faire avancer les choses dans le bon sens, nous ne communiquons pas bien sur la chose. Nous utilisons la peur et la colère, à l’instar de Greta Thunberg, pour avertir. S’approprier ces sujets, c’est les sentir avant tout. Alors qu’on pourrait utiliser d’autres émotions comme la joie. Oui pourquoi ne pas utiliser la joie pour mobiliser ?

Positiver le monde,
devenir curieux pour demain

S’exprimer d’une manière positive, sans avoir à critiquer et punir, mais encourager tout bonnement les initiatives citoyennes pour un monde plus juste. Je ne suis donc pas là pour vous donner la peur du futur, mais pour faire un bilan du passé. Car notre problème aujourd’hui, c’est notre manière d’habiter l’espace. Réfléchir sur notre manière d’habiter l’espace, repenser notre rapport au monde, je pense que c’est primordial. Parce qu’on peut construire des bulldozaires fonctionnant avec des panneaux solaires. On n’aura pas émis de CO2, mais on rasera quand même l’Amazonie. Le réchauffement climatique n’est qu’une des conséquences du dérèglement climatique. Alors, rendons-nous acteurs du monde vivant, non pas en se méprenant aux simples JT télévisés, mais en ayant la curiosité de se saisir de l’information, dédicace à Madame Souchard pour les plus nostalgiques… Une information qui dépend plus que jamais de la conduite de notre futur. En temps que communicants de demain, il est important de prendre du recul sur notre manière d’être d’agir et de faire tourner le monde.

Merci

illustrations de Steve Cutts

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