Au mois de novembre, nous célébrons tristement la journée mondiale de la prévention des abus envers les enfants (19 novembre), ainsi que celle consacrée aux droits de l’enfant (20 novembre), des droits aussi bien peu respectés dans certaines régions du monde que dans notre propre pays parfois. Nous avons tous une place dans cette lutte, un rôle à jouer, bien que l’on ne sache pas toujours duquel il s’agit. Un sourire, un regard bienveillant, un signalement. Un partage sur les réseaux sociaux qui peut sauver une vie. Aujourd’hui, c’est à mon tour d’apporter ma pierre au rempart contre l’indifférence face à ce fléau. Demain, je ne doute pas que cela sera à vous. Je vous propose de découvrir une nouvelle, une histoire en cinq pages : celle d’un enfant. Peut-être vous, une sœur, un cousin, un voisin. Un enfant qui vit, qui voit, qui entend ces choses dont on n’ose pas parler.

 

Découvrez la suite de la nouvelle écrite par Andréa Louvel, Zéro :

2. Le Château

Attends, t’essayes de me faire croire que t’as pas pu trouver un moment dans la journée pour laver et repasser ma chemise aujourd’hui ? T’es vraiment paresseuse ! Oh allez, c’était juste une blague ! Tu trouves toujours quelque chose à redire. C’est pour ça que personne ne t’aime : parce que tu es trop négative. Pareil pour tes enfants.
Et tard, la nuit, incapable de dormir à cause de sa énième crise de la journée, on se surprend à réfléchir profondément, malgré l’épuisement et la fébrilité. Le clair de lune se reflète dans la vitre de la fenêtre, puis sur le sol, et au pied du lit. Comment la situation a-t-elle pu à ce point dégénérer en moins d’un an ? On se dit qu’on aurait pu mieux agir, oui, qu’on aurait pu avoir de meilleures notes à l’école. Mais notre esprit logique reprend le dessus, car pourquoi s’énerverait-il autant pour quelques notes, et des notes excellentes qui plus est ? Non, ce n’est pas ça. J’ai ensuite pensé que je devrais être plus serviable – aider à faire la cuisine et le ménage… Mais il me rejette tout le temps et refuse toute aide. Pourtant, il se plaint continuellement de ma paresse éhontée. Soudain, après d’innombrables nuits à contempler la tournure tragique des évènements, on se rend compte que ce n’est pas notre faute : on est une princesse. Et non, on n’est pas folle ; on est une princesse, enfermée dans la plus haute tour d’un château gardé par un dragon énorme, redoutable, et peut-être même mortel. Il était l’antagoniste de notre conte de fée depuis le début, pas le prince charmant censé nous sauver et nous offrir une vie meilleure. J’imagine que, parfois, les princes charmants à l’armure rutilante sont juste des ratés enrubannés d’aluminium. Il gardait donc ce donjon et l’avait même construit, et dans chaque pierre le composant, on trouvait une insulte, dans chaque morceau de ciment on trouvait de la dépendance, et sur chaque petite ouverture d’apparence tentante, planait une menace.
Deuxième prise de conscience. Il avait tout prévu à l’avance ; comme un architecte, ses machinations et la construction de ma prison avaient été prévues dès le début, du moment où il a rencontré ma mère, puis mon frère et moi sur cette plage ensoleillée de Corse. Durant un si beau jour que personne n’aurait jamais pu se douter de ses répercussions atroces et durables sur notre famille. Reine de Saba au masculin, il s’est immiscé dans nos vies, mais il ne nous a apporté ni or, ni épices, ni pierres précieuses, seulement des fausses promesses, des larmes et des fractures. Ces contes de fées — ceux que j’ai lus, ceux que j’ai entendus, ceux que j’ai regardés à la télévision – ils montraient la princesse coincée dans son château, attendant son sauveur. Cela a dû être pareil avec Maman. Elle a dû penser que ce démon était son prince. Pourtant il l’a seulement libérée pour la jeter dans le plus sombre et effrayant des donjons, mon frère et moi avec elle. J’aurais pu me surnommer moi-même Rapunzel, mais il est certain que si j’avais lancé ma chevelure, personne n’aurait grimpé la tour pour nous sauver.

Suite très bientôt…

 

Je vous souhaite une bonne lecture, et je vous invite à me contacter si vous avez un commentaire à partager sur mon histoire ~ (Instagram : @anddrea.lvl)

 

Article et nouvelle par Andrea LOUVEL

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