Les États-Unis ont signé, le 29 février 2020, l’accord de Doha avec les forces talibanes. Celui-ci interdit à la première puissance militaire mondiale de s’immiscer dans les affaires internes afghanes et de faire usage de la force armée. Ainsi, seulement quelques semaines après le début du rapatriement des soldats américains, l’entièreté du pays fut reprise par les forces talibanes en août 2021, ce qui provoqua des scènes chaotiques de fuites de civils.
Mais, qui se cache réellement derrière le mouvement taliban que semblent craindre la population locale et les plus grandes puissances occidentales ?

        “Taliban” en langue pachto (langue iranienne orientale parlée en Afghanistan et au Pakistan) signifie “étudiant” ou “chercheur”. A première vue, cela n’est nullement lié aux principaux traits du mouvement qui est d’ailleurs essentiellement composé de combattants issus de l’ethnie pachtoune, fondatrice de l’Afghanistan moderne au XVIIIe siècle. Néanmoins, une dynamique de diversification éthnique fut observée en son sein ces dernières années. Le sens du terme ferait référence au caractère premier des talibans: un mouvement fondamentaliste dont la doctrine est radicale, peu nuancée et qui prône une application très stricte de la Charia (loi islamique) en Afghanistan.
De 1996 à 2001, le mouvement taliban fut aux commandes du pays formant ainsi “l’Émirat islamique d’Afghanistan”. Mais, en 2001, le terme taliban prit un sens légèrement différent du sens originel. Être taliban signifiait alors faire partie de “ceux qui prennaient les armes face aux occupants étrangers”. Le terme passe alors de “la notion d’appartenance au peuple pachtoune” à celle de “criminels de guerre qui luttent contre l’occupation”. L’aube du XXIe siècle vit aussi apparaître une nouvelle dimension parmi des talibans qui les différencie donc d’autres mouvement tels que Al Qaïda ou Daech par exemple: les talibans prônent un islamo-nationalisme ce qui signifie qu’ils ne prônent pas une idéologie impérialiste exportable à l’étranger mais plutôt le fait de construire un Émirat islamique en Afghanistan. Les talibans rejettent donc les étrangers, les non-croyants ainsi que les autres religions.

Historique du mouvement taliban

       La pensée talibane fut développée dans des écoles religieuses deobandi, des écoles de pensée musulmanes prônant une religion très traditionnaliste. Les principaux fondateurs du mouvement (Mohammad Omar – le mollah Omar – et Abdul Ghani Baradar, actuel leader de la branche politique des talibans) firent donc partie de ces établissements créés dans des camps de réfugiés au Pakistan. Ces derniers constituaient les principaux opposants aux forces d’occupation soviétiques dans les années 1980. En effet, de 1979 à 1989, la guerre d’Afghanistan opposait officieusement les États-Unis et l’URSS et qui fut considérée comme l’une des dernières crises de la guerre froide.
Il fallut attendre 1994 afin que le mouvement devienne une force considérable en s’emparant de Kandahar et saisissant ainsi un important stock d’armes qui leur permettra plus tard de chasser les Soviétiques de leur pays. De 1994 à 1998, on observa une véritable montée en puissance du mouvement grâce à une consolidation stratégique et logistique avec la prise de Kaboul en 1996 et celle de Mazar-i- Sharif en 1998. Par la suite, de 1996 à 2001, le mouvement taliban fut aux commandes de l’Afghanistan formant ainsi “l’Émirat islamique d’Afghanistan”.
Cependant, suite aux attentats du 11 septembre, les États-Unis décidèrent d’entrer en “guerre contre le terrorisme” et notamment en Afghanistan étant donné que l’organisation terroriste Al Qaida avait la bénédiction des talibans alors au pouvoir et possédait même certaines bases militaires sur le territoire afghan.
Suite à l’invasion occidentale, le mouvement taliban prit plutôt la forme d’une insurrection ou d’une guérilla face au pouvoir instauré par les Occidentaux. Par la suite, il devint, petit à petit, une véritable organisation cohérente reprenant lentement le contrôle des campagnes afghanes. Enfin, lors du retrait des troupes américaines en 2021, les talibans, alors plus armés, plus organisés et plus diversifiés qu’auparavant, reprirent le pays dans son intégralité en seulement quelques semaines. La principale conséquence de ce brusque renversement de pouvoir : l’imposition stricte de l’idéologie talibane.

L’idéologie talibane

      Selon l’idéologie talibane, le fondement même de toute l’organisation sociétale doit être l’application stricte de la Charia. Les talibans prônent donc l’application rigoriste de l’islam ce qui, logiquement, entraîne de lourdes disparités sociales, notamment pour les femmes. Par exemple, celles-ci ont interdiction de sortir sans un chaperon masculin ou de travailler et les filles ne peuvent aller à l’école. La nature fondamentaliste, rigoriste ou encore antimoderniste du mouvement taliban place donc les femmes dans une position de soumission quasi-totale. Ainsi, comme l’estime l’historien Jean-Charles Jauffret, en voyant les talibans revenir au pouvoir après 20 ans de liberté, certaines femmes ont préféré mourir en se suicidant plutôt que de revenir à ce “régime de servitude”.
Cependant, les talibans ont, en 2021, tenté de rassurer la population locale et la communauté internationale en affichant une image plus modérée. En effet, la radicalité et la violence dont ils ont pu faire preuve par le passé a souvent décrédibilisé le mouvement en matière de diplomatie internationale. Néanmoins, comme l’expose Vincent Hugeux, grand reporter spécialiste du Moyen-Orient, “en réalité, leur projet de fond, lui, n’a pas varié d’un iota. Il s’agit bien, toujours, d’installer, dans les frontières de l’Afghanistan, un émirat islamique”. Le terme “taliban” et “modération” semblent donc être deux antonymes au vu des scènes de fuite auxquelles la communauté internationale a assisté, impuissante.

L’organisation du pouvoir au sein du mouvement

       Le principal défi auquel les talibans ont dû faire face ces dernières années fut celui de renforcer et centraliser l’autorité de ses chefs tout en maintenant la cohésion générale du groupe. Ainsi, depuis le début du XXIe siècle et leur retour progressif dans les campagnes afghanes, les talibans ont progressivement adopté “un fonctionnement qui ressemble à celui d’un État parallèle”. Mollah Hibatullah Akhundzada qui dirige aujourd’hui ce système centralisé, est épaulé de trois lieutenants permettant ainsi une direction puissante et coordonnée du mouvement.
L’organisation se calquant sur celle d’un gouvernement en exil, il existe diverses commissions au sein des sphères de pouvoir telles que celle des affaires militaires, de l’éducation, de la santé ou encore des impôts. Pendant plusieurs années d’exil, ce proto-gouvernement, nommé “Choura de Quetta”, était retranché dans la ville pakistanaise éponyme : Quetta.
Par ailleurs, le mouvement compte près de 80 000 soldats selon un rapport de l’ONU publié en juin 2021, ce qui lui a permis de reprendre l’ensemble de l’Afghanistan en seulement quelques semaines. Une large partie de ces soldats sont en réalité issus de la population afghane bien que le groupe bénéficie toujours d’une grande aide pakistanaise avec la mise en place de bases arrières sur son territoire, qui permettent l’entraînement des recrues et le soin des soldats blessés dans des hôpitaux pakistanais.
L’aspect très hiérarchique de l’organisation se retranscrit aussi dans les différentes régions afghanes étant donné que plusieurs gouverneurs gèrent les actions à l’échelle locale. Toutefois, ils ne jouissent pas d’une très grande autonomie en raison de leur surveillance étroite par des commandants militaires, véritable élément révélateur d’une autre facette du mouvement: la centralité de la force militaire aux côtés de celle de la pensée religieuse.

LEVY-SOUSSAN Elio

Source : Afghanistan demain | France 24La Croix | Le Monde | Les ÉchosL’OBS | Wikipédia

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