Film : Le Peuple Loup

Réalisateurs : Tomm Moore et Ross Stewart

Durée : 103 minutes

 

Ce long métrage d’animation, réalisé par Tomm Moore et Ross Stewart, fait partie d’une trilogie sur l’Irlande dont est également issu Le Chant de la Mer, diffusé au festival du film de La Roche-sur-Yon en 2014. Il raconte l’histoire d’une petite anglaise, Robyn, dont le père doit chasser la dernière meute de loups vivant encore sur le territoire irlandais de Messire Protector. Un nom bien évidemment ironique puisque le passe-temps favori de cet homme est de terroriser la population et réduire en cendres la faune et la flore qui entoure sa ville. Chouette type, n’est-ce pas ? Au cours de sa première sortie, Robyn va faire la rencontre de Mebh, petite fille le jour, louve la nuit.

Le peuple loup se déroule au Moyen-Âge et nous plonge complètement dans dans cet univers grâce à ses visuels. Maisons à colombages, château fort, éclairage à la chandelle : chacun des éléments se trouvant dans le film est typique de cette époque. Mais ce n’est pas tout ! En plus des enluminures qui ornent le générique d’ouverture, les dessins sans perspective sont très représentatifs des illustrations médiévales. À l’époque, les artistes ne disposaient pas encore des techniques que l’on connaît aujourd’hui comme le point de fuite, pour donner une illusion d’échappée. Si vous avez vu Le peuple loup au Manège ou si vous avez la chance de le visionner un jour, vous verrez qu’il correspond totalement à cet aspect de l’art au Moyen-Âge. On pourrait croire que cette absence de perspective met en péril la beauté du film, mais ce n’est absolument pas le cas ! Le relief apporté par les différentes nuances de couleurs et le jeu de lumière donne vie aux dessins, pour notre plus grand bonheur.

Les croyances au cœur de ce long métrage sont également le reflet des convictions médiévales. Les Européens étaient à l’époque majoritairement de fervents chrétiens, comme Messire Protector. Tout au long du film, il ne cesse de prier le Seigneur de lui venir en aide et conquiert les terres alentours avec cruauté en son nom. Au Moyen-Âge, l’amour de Dieu n’avait d’égal que la condamnation de la sorcellerie et tout ce qui semblait en relever. Les roux étant associés à la sorcellerie, la petite Mebh, rousse et wolfwalker, est automatiquement vue comme quelqu’un pratiquant la sorcellerie et dont il faudrait se débarrasser. Une bien triste pensée quand on sait que le don de Mebh a apporté joie et guérison, contrairement aux prières du Messire qui n’ont engendré que la destruction.

Le Peuple Loup est également appréciable par sa dimension intergénérationnelle. Bien que situé au Moyen-Âge, ce long métrage transmet des valeurs universelles et intemporelles : l’amitié et l’amour. Il conte l’histoire d’une amitié entre deux petites filles issues de mondes bien distincts. L’une vient de la grisaille de la ville, l’autre de l’abondance de la nature. Elles qui se croyaient bien différentes, se découvrent finalement deux âmes sœurs. L’environnement dans lequel on vit n’a pas d’importance pour devenir amis, seul compte ce qui se trouve au fond du cœur. Le peuple loup fait également l’éloge de l’amour au travers de l’affection partagée entre ces petites filles et leurs parents. Elles ont beau être hautes comme trois pommes, elles prouvent par leurs actes que l’essentiel est dans l’amour.

Le peuple loup est un film à voir absolument. Amoureux ou non de l’époque du Moyen-Âge, vous ne pouvez qu’apprécier les références qui y sont faites tant elles sont bien présentées. Par ailleurs, c’est un long métrage qui fait circuler de belles valeurs, que l’on ait 6 ou 70 ans.

 

Angèle GUILLAUMIN

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