La Maison des femmes
Mélissa Godet, un nom à retenir. La scénariste et réaliste française signe son premier long-métrage, éminemment juste, puissant et nécessaire : une réussite totale.
Nos héroïnes du jour se prénomment Diane, Inès, Manon, Rozenn, Awa ou encore Lucie. Elles nous accueillent, vêtues de leurs blouses blanches, avec leurs sourires et leur détermination à la Maison des femmes. L’équipe de médecins et de soignants se donne corps et âme pour aider chaque jour Amina, Catherine, Aïssatou ou Coumba, des femmes victimes de violences, devenues bien trop nombreuses : elles ont été battues, violées, excisées, pour n’en citer que peu. Ces blouses blanches sont là pour les aider à se reconstruire, malgré l’absence de papiers, de soutien, et bien peu d’espoir dans un monde déjà si violent…
À l’origine, c’est Ghada Hatem-Gantzer, médecin gynécologue-obstétricienne, cheffe de la maternité de l’hôpital Delafontaine, à qui nous devons la toute première Maison des femmes, crée en 2016, à Saint-Denis. Dix ans plus tard, ce sont 31 maisons, partout en France, qui viennent en aide aux femmes victimes de violences.
Dans ce film choral, nous suivons celle basée à Saint-Denis. Nous découvrons à travers le regard de soignants débordés, d’internes nouveaux et parfois largués ou de victimes ayant le courage de s’y rendre, le quotidien d’un service qui se bat pour survivre : des moyens limités, des patientes nombreuses et des inspecteurs venus auditer une gestion jugée trop désordonnée. Et malgré tous ces obstacles, rien n’est plus important que le collectif, le suivi des soins et l’écoute dans les processus de reconstruction.
Sans jamais être directement montrer , la violence est omniprésente tout au long du film. Elle se devine dans le stress que subissent ces femmes courageuses, dans leurs regards qui ne souhaitent plus jamais la voir en face, dans les extrêmes précautions devenues des habitudes. Bien qu’elle ne soit pas montrée de manière directe, la violence est impossible à ignorer. Pour aller dans ce sens, la mise en scène évite tout sensationnalisme : elle privilégie une approche sobre, presque documentaire, qui laisse toute la place aux témoignages et aux émotions, du personnage comme du spectateur. Ce que l’on veut retenir de ces battantes, ce n’est pas ce qu’elles ont vécu ou qui est leur bourreau, mais leur force, leur détermination et leur volonté de se reconstruire. Cette retenue rend les histoires encore plus percutantes. Le spectateur ne se fait pas dicter une émotion particulière, mais est invité à écouter, comprendre et ressentir. Et malgré un sujet aussi complexe, le film réussit à trouver un bel équilibre en laissant des paroles très fortes se déployer tout en mêlant des moments de comédie. On rit, on pleure et on s’indigne parfois dans la même scène.
Les personnages, qu’il s’agisse des patientes ou des soignants, sont traités avec une grande justesse. Aucun n’est caricatural : chacun est complexe et singulier, un mélange de fragilité et de force. Aucun récit n’est laissé de côté.
Cependant, il y a un point faible avec les films chorals : nous nous attachons à chaque personnage. Malheureusement, le temps passé avec chacun d’entre eux est trop court. Nous souhaiterions en découvrir davantage, connaître la suite et le fin mot des événements. Cela laisse le spectateur un peu frustré, même si nous passons vite à autre chose, car nous sommes à nouveau happés par l’histoire d’un nouveau personnage. Cette mécanique ne permet pas toujours d’honorer pleinement le courage de toutes ces femmes.
Un film engagé et courageux, qui mérite toute sa lumière.
Célia Pageau