[#Nous avons vu] Nervous : un film ambitieux, nerveux et belliqueux
Dès son ouverture, lundi 12 octobre, le Festival International du film de La Roche-sur-Yon nous surprend avec la première projection française du film Nervous du réalisateur sud-africain Abner Pastoll. À la fois effrayant et intriguant, ce film affronte l’un des problèmes les plus anciens et des plus importants de notre société : la place accordée aux femmes.
Nervous est un film d’horreur mettant en scène Sarah et Sungsoo, un couple traversant des problèmes conjugaux. Ces derniers décident de s’installer dans la campagne coréenne afin de se retrouver. Mais dès leur arrivée, des choses étranges se produisent. C’est lors de leur première soirée et suite à l’écoute d’un enregistrement silencieux et “maudit” que Sarah va commencer à se sentir mal et à avoir des hallucinations.
La parole des hommes mise à l’épreuve
À travers leur histoire, Abner Pastoll questionne la considération accordée aux femmes dans la société. En effet, on comprend dès le début que la place de l’homme reste centrale. Sungsoo, plein de condescendance, ne cesse de couper la parole à sa femme ou de répondre à sa place, voire de minimiser son état. Au fil du temps, Sarah cesse peu à peu d’entendre les voix des hommes. Ce phénomène va la pousser dans ses retranchements : Sarah prend conscience de la pression qu’elle ressent face à son mari, et décide de vivre sa vie aux côtés de sa nouvelle amie, Eunbyeol. Ce film nous oblige, nous spectateurs, à nous questionner sur l’importance que cette parole a dans notre société. En effet, la parole des hommes est ici remise en cause par la disparition des voix masculines. Cet effet valorise la parole des femmes en leur laissant l’opportunité de porter leur message. Les femmes ont le droit d’exister en dépit de leur mari et des hommes en général. Leur liberté ne doit pas passer après celle des autres.
Dans ce film, le temps de parole des hommes est donc inférieur à celui des femmes qui reprend quant à lui ses droits. De plus, ce peu de parole reste la plupart du temps incompréhensible puisque Sarah ne peut entendre ces voix. La parole des hommes est donc continuellement brouillée durant tout le film.
L’indépendance d’une femme
À travers le personnage de Sarah, le réalisateur met en exergue la place de la femme. Mais aussi ses désirs et ses besoins qui restent parfois muets, qui peinent à s’exprimer face aux désirs des hommes. Sarah exprime notamment, au cours du film, avoir changé pour Sungsoo, s’être adaptée à ce que lui désire en s’oubliant elle-même. Ainsi, ce passage nous montre qu’à de multiples reprises, le bien-être des femmes est refoulé pour correspondre aux désirs des hommes, aux désirs de la société.
Abner Pastoll nous montre que l’indépendance d’une femme, le retour à ce qu’elle désire et ce qu’elle souhaite est parfois violent. C’est au travers du registre de la peur et de l’horreur que ce message prend tout son sens. La tonalité horrifique insiste sur les comportements obsessionnels, les débordements liés à une prise de conscience brutale ainsi que les conséquences psychologiques néfastes qui peuvent en découler. Il me semble important de noter que le registre du film permet d’insister sur la violence que peuvent occasionner certains combats tels que l’indépendance personnelle d’une femme dans une société qui valorise tant la place des hommes.
Nervous est, par ailleurs, un titre très bien choisi puisqu’il reste en adéquation avec la nervosité de Sarah face à ce qu’elle vit, mais reflète également la nervosité de Sungsoo face à ce que sa femme vit et le fait qu’il ne puisse plus communiquer avec elle. La représentation de la nervosité choisie par le réalisateur en dit d’autant plus sur la difficulté de mener certains combats personnels, tel que le chemin vers notre indépendance.
Charlotte Roi-sans-sac
Envoyée spéciale au Festival International de La Roche-sur-Yon
Nervous
Un film réalisé par Abner Pastoll, Afrique du Sud, 2026, 99min
Cinéma le Concorde, mercredi 14 octobre, 21h