[#C’est pas pour spoiler mais…] Le Bois de Klara : l’innocence face à la guerre

Le Bois de Klara raconte l’histoire de plusieurs familles qui se succèdent en un même lieu, au fil des années. À travers leurs histoires, le film témoigne des transformations de l’Allemagne et des bouleversements qui marquent la vie de ses habitants.

Parmi les scènes qui m’ont particulièrement marquée, j’ai choisi de revenir sur celle du départ du bois, de Doris, une petite fille d’une dizaine d’années, et de sa mère. Pour vous la raconter, j’ai imaginé ce qu’elle a pu penser à ce moment là et ce qu’elle a pu comprendre.

« Je suis en train d’écrire une lettre pour grand-père et grand-mère. Cela fait plusieurs semaines qu’ils sont partis en Pologne et qu’ils ne nous répondent pas. On est dans notre maison, un cabanon à étages au milieu du bois. Dehors, c’est l’hiver et il fait froid.

À côté de moi, maman regarde par la fenêtre. Ses yeux font des allers-retours entre le paysage et moi. Elle a l’air inquiète. On attend toujours nos visas pour quitter l’Allemagne, mais ils n’arrivent pas. Je ne comprends pas pourquoi c’est si long.

Soudain, les yeux de maman se fixent sur quelque chose derrière moi. On dirait qu’elle vient de voir quelque chose qui lui fait peur.

Je me retourne pour regarder aussi. Dehors, près de l’entrée de la parcelle, un homme en uniforme se tient debout.

Maman me demande de rester là et de l’attendre pendant qu’elle va lui parler. Je ne sais pas ce qu’il nous veut. Quelques secondes plus tard, elle revient et me dit qu’on doit partir avec lui. Alors, on fait nos sacs en quelques minutes. On n’a même pas le temps de prendre toutes nos affaires.

Quand on traverse l’allée, moi avec mon sac à dos et maman avec un petit sac à la main, notre voisine appelle maman. On s’arrête. Elle regarde maman et maman la regarde aussi. Elles ont l’air très tristes. Je crois qu’elles savent qu’on ne va pas se revoir avant longtemps.

Mais ce n’est pas grave, car grand-père a dit que, quand la guerre sera finie, on reviendra tous ici. On pourra passer nos étés dans le bois, comme avant. Et moi j’adore passer mes vacances ici. Mais je ne sais pas quand la guerre va se terminer. Et si elle ne se terminait jamais ?

Le monsieur nous fait signe de nous dépêcher. Alors maman me prend la main et on le suit. Les petits cailloux craquent sous nos chaussures. Je me retourne une dernière fois pour regarder notre maison.

On part rejoindre grand-père et grand-mère. »

 

Enora Daheron
Envoyée spéciale au Festival International du Film de La Roche-sur-Yon

 

Film de Volker Schlöndorff,
Allemagne, 2026, 118 minutes

Diffusé le lundi 12 octobre, à 20h45, au cinéma Le Concorde

Sortie en salle :
15 octobre 2026 – Allemagne
24 mars 2027 – France