L’Affaire Bojarski : l’homme qui imprimait des billets dans son débarras
C’est l’histoire d’un défi fou : un homme seul contre la Banque de France. Le film L’Affaire Bojarski nous plonge dans la vie de Stanislas Bojarski, un faussaire de génie qui a fabriqué des millions de francs sans jamais se faire remarquer pendant plus de 15 ans. Pas d’armes ni de sang, juste de l’encre et du génie. Un film juste et passionnant qui nous montre que parfois, la frontière entre le vrai et le faux se révèle très mince…
Imaginez un homme discret, un voisin sans histoire que personne ne remarque. Cet homme, c’est Stanislas Bojarski. Dans le secret de son débarras, il ne répare pas des vélos, ne range pas ses outils de jardinage : il fabrique de l’argent. Le film commence doucement, avec le bruit des machines et l’odeur de l’encre. L’attaque du film est très efficace : on voit tout de suite que Bojarski n’est pas un voleur habituel. C’est un artiste de la précision. Sa manière de travailler le papier pour qu’il ressemble exactement à celui des vrais billets de 100 francs de l’époque fascine immédiatement le spectateur.
Le suspense d’un simple achat au marché
La particularité de ce film réside dans le fait que la tension ne provient pas des scènes d’action. Le spectateur retient son souffle, le cœur battant, en le voyant tendre un billet de 100 francs à une caissière. Va-t-elle s’en rendre compte ? Le papier est-il suffisamment craquant ? Le réalisateur Jean-Paul Salomé (Arsène Lupin, Les Femmes de l’ombre, Le Caméléon…) se sert également de l’usage de gros plans sur les visages et sur les mains, permettant ainsi de ressentir toute l’étendue de la peur du personnage.
Soulignons que L’affaire Bojarski est aussi une remarquable reconstitution de la France des années 60. Les décors et les costumes ont été choisis avec grand soin afin de coller à la réalité historique. Le film explique même que Bojarski fabriquait sa propre colle à base de gomme arabique pour donner le bon aspect à ses billets. C’est ce genre de détails qui rend l’histoire passionnante : cet homme a fait trembler toute l’économie française avec… presque rien.
La chute d’un artiste du faux
Mais pour Stanislas Bojarski, fabriquer de l’argent, c’est aussi s’isoler du monde. La deuxième partie du film expose la solitude de Bojarski. Plus il réussit techniquement, plus il s’enferme dans sa paranoïa. En parallèle, on suit l’enquête de la police : une fois n’est pas coutume, les inspecteurs ne sont pas présentés comme des ennemis, mais comme des admirateurs du travail de Bojarski. Ils n’avaient jamais vu des faux billets d’une telle qualité. Il est possible de consulter les originaux sur le site des Archives Nationales, qui conserve les traces de ce dossier hors norme.
La fin du film voit Stanislas Bojarski se faire arrêter non pas parce qu’il a été mauvais, mais parce qu’il a été trop productif. Sa chute est inévitable, mais on ne peut pas s’empêcher d’avoir de l’admiration pour son parcours. Le film se termine sur une image forte qui nous fait réfléchir sur ce qu’est la « vraie » valeur d’un homme ou d’un billet de banque. On quitte la salle avec l’impression d’avoir vu une œuvre humaine et intelligente.
Pour conclure, L’Affaire Bojarski est un film qu’il ne faut pas rater. Simple et efficace, ce film fait découvrir (ou redécouvrir) une affaire hors norme qui a tenu la France en haleine durant de longues années, soutenue par un scénario solide et des acteurs impeccables.
Corentine Pichon
Le secret du papier Bojarski (encadré)
Pour que ses faux billets soient parfaits, Stanislas Bojarski avait une technique unique. Comme il ne pouvait pas acheter le papier officiel de la Banque de France, il achetait du papier à cigarettes très fin. Il collait ensuite plusieurs couches ensemble avec un mélange spécial pour obtenir la bonne épaisseur et le bon « cri » (le bruit que fait un billet quand on le froisse). C’est ce détail technique qui a rendu ses billets quasiment indétectables pendant plus de dix ans.
L’affaire Bojarski
de Jean-Paul Salomé
avec Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon, Pierre Lottin