Numérique responsable : Et si on sautait le pas ?

Avant-propos :

Pour ma création libre en lien avec mon sujet d’AEP, j’ai choisi d’écrire un récit d’avenir positif du numérique responsable. Je pointais en effet du doigt dans mon rapport qu’il en manquait un pour inciter davantage les individus à s’investir et faire attention à l’impact de leur actions numériques. Cette nouvelle vise donc à remplir ce vide.

Qu’est-ce que le numérique responsable ? C’est démarche d’amélioration continue qui vise à réduire l’empreinte écologique, économique et sociale des technologies de l’information et de la communication. Il faut considérer que toutes nos actions numériques ont un impact notamment sur notre environnement et qu’il faut chercher à le réduire au maximum. Cela passe par ce numérique plus vert que l’on nomme responsable. Il s’inscrit dans une logique de développement durable.

Cette nouvelle nous montre ce que serait la vie en étant numériquement responsable. Elle s’appuie sur des données scientifiques extraites notamment des rapports de l’Ademe, de l’Institut du Numérique Responsable (INR) et de la communauté Green.It

Je vous souhaite une bonne lecture !

1er février 2030

Un rayon de soleil passe à travers la fenêtre, la matinée commence en douceur.

J’allume mon portable que j’avais éteint pour la nuit. Cela fait déjà une dizaine d’année que tous les matins je mets mon réveil sur l’appareil du même nom. Depuis, que le rapport du GIEC de 2021 est sorti et que le monde entier n’a eu d’autre choix que de réagir, beaucoup de choses ont changé dans ma vie.

Alors rien d’extraordinaire, nous ne vivons pas dans un monde futuriste, un monde augmenté, comme celui qu’on pouvait imaginer il y a quelques décennies. Non, nous sommes au contraire dans un monde beaucoup plus simple. Un monde où l’homme n’est plus sur son piédestal mais où il a retrouvé sa juste place.

Au départ, il a fallu comprendre. Comprendre, ce que nous avions fait depuis des siècles et surtout lors des deux derniers à la planète. Les scientifiques ont beaucoup aidé, à l’aide de chiffres, ils nous ont montré les conséquences de nos actions sur l’environnement. Ils ont mis en lumière les principales sources de pollution et notamment la consommation très énergivore du numérique et les impacts de fabrication de nos appareils.

Cela a été un grand choc, nous avons tous eu peur pour notre avenir. Quelle vie allions-nous devoir mener ?

Mais très vite nous n’avons pas eu d’autre choix que de nous adapter. Tout ne pouvait pas changer du tout au tout mais l’État par le biais de lois, de recommandations nous a permis au fur et à mesure de modifier nos comportements. Nous avons commencé par des choses simples, comme allonger progressivement la durée de vie de nos équipements. Pour cela, nous avons fait attention à la manière dont nous les utilisions, nous en avons pris soin en faisant notamment durer les batteries.

Une loi a vraiment fait avancer les choses : celle prise conjointement par plus de 30 États et qui oblige les fabricants de smartphones à ne plus souder les différents éléments. Ainsi, la batterie est plus facilement remplaçable. En nous rendant dans des repair’ cafés, nous avons appris à remplacer les différents composants. Nous sommes ainsi redevenu maître de notre consommation.

Ce qu’il y avait de pire dans le numérique c’était l’énergie nécessaire pour la puissance des calculs à effectuer. En effet, c’était l’un des objectifs premiers du numérique, les ordinateurs étaient considérées comme des machines à calculer. Le digital est composé de nombres, de 0 et de 1, qui véhiculent des informations. Or, les informations véhiculées et stockées sont de plus en plus complexes. 

Les données sont de plus en plus nombreuses.

C’est ce que l’on nomme le Big data. C’est celui-ci qui causait notamment de nombreux dégâts environnementaux.

Avec le temps, on récoltait et stockait toujours plus de données. Et on faisait effectuer aux machines des calculs toujours plus complexes. L’intelligence artificielle était vraiment la mauvaise élève en terme de consommation d’énergie.

Elle portait certes pleins de promesses, celles de révolutionner la santé, permettre de nous affranchir du travail… Mais nous n’avions pas vu la vitesse à laquelle elle pouvait également détériorer l’environnement.

Nous l’avons donc aujourd’hui conservée dans certains secteurs précis comme la médecine, mais nous l’avons davantage restreint dans les loisirs.

Il n’est plus du tout question de voiture autonome. Quelle utopie d’avoir voulu à ce point révolutionner le monde des transports.

La quantité de données et d’énergie que ces véhicules auraient nécessité pour fonctionner était astronomique.

De plus, le but n’était pas tant de nous simplifier la vie que de dégager davantage de temps d’attention disponible pour nous faire consommer toujours plus de contenus numériques.

Nous nous déplaçons maintenant au maximum par le biais des transports en commun qui roulent au gaz naturel.

La voiture électrique continue d’avoir une place importante et les recherches ont permis de recycler et réemployer les batteries.

Il a fallu ensuite apprendre à raisonner nos usages, je crois que cela a été la partie la plus difficile pour moi. En effet, je n’étais pas de ceux ou celles qui changeaient d’Iphone à chaque nouvelle version. Par contre, j’étais très consommatrice de réseaux sociaux. Je passais mes journées connectée notamment grâce à mon forfait 5G.

Or, des études scientifiques ont très vites démontré que ce type de réseau consommait 30 fois plus d’énergie qu’une connexion wifi.

Ainsi, petit à petit, nous avons arrêté d’être connectés en permanence. Surtout dans les transports en commun où les connexions n’étaient pas optimales et donc beaucoup plus énergivores.

Avant, je profitais de ces trajets pour regarder des vidéos sur YouTube, des live sur Twitch.

Aujourd’hui, j’écoute de la musique. Mais plus sur des plateformes de streaming comme Spotify ou Deezer. Je le fais soit sur un walkman, comme le faisait mon grand-père il y a quelques années, soit celle de la radio du bus ou de mon téléphone portable.

Et lorsque je capte mal, j’en profite pour nouer des interactions sociales. C’est comme cela que j’ai trouvé mon dernier stage. Plus besoin d’aller consulter et postuler à des centaines d’annonces en ligne. J’ai simplement discuté avec une voisine de bus qui travaillait au sein d’une agence de communication et elle m’a proposé d’y postuler.

Tous les matins en me réveillant, je relance ma box wifi. Je l’éteins la nuit et à chaque fois que je sors de chez moi. Inutile de la faire consommer de l’électricité dans le vide. Personne ne laisse ses ampoules allumées en sortant d’une pièce. C’est la même chose pour le numérique.

Ces réflexes sont enseignés maintenant dès le plus jeune âge par des modules de sensibilisation au sein de l’école. Certaines plateformes telles que Pix ont permis d’éduquer aux bonnes pratiques du numérique.

Nous cherchons également à remettre le numérique à sa juste place.

Réapprendre petit à petit à s’en passer et à retrouver certaines capacités cognitives que nous avions perdues. Plus question de scroller les réseaux sociaux dans les salles d’attente, le livre ou le magazine a fait son grand retour.

Pareil pour le GPS, nous l’utilisons moins qu’avant. Nous nous référons davantage aux panneaux que nous n’avions plus l’habitude de réellement regarder.

Le monde est redevenu plus simple.

Il est certes moins connecté mais les connexions qui existent entre les individus et leur environnement sont bien réelles, elles sont palpables et sont quotidiennes. En rejoignant le monde virtuel nous nous étions coupés de la réalité. Impossible donc d’avoir le recul nécessaire pour percevoir toute l’étendue des dégâts humains et des enjeux derrière cette nouvelle ère : l’anthropocène.

Aujourd’hui, j’ai de nombreuses recherches à faire dans le cadre de mon doctorat. Pour effectuer mes recherches quotidiennes, je privilégie au maximum les livres et les documents imprimés déjà existants. Les médiathèques regorgent de références qui étaient malheureusement inexploitées. Aujourd’hui, elles ont été remises sur le devant de la scène.

Bien sûr, il n’est pas toujours possible au quotidien d’aller chercher dans des livres. Ainsi, une grande partie de nos recherches passent encore par l’utilisation d’internet. Mais pour se faire, nous essayons surtout d’utiliser une connexion filaire beaucoup moins énergivore ou au minimum un endroit qui capte bien. Nous évitons donc d’effectuer des recherches en déplacement, dans les transports… sauf si ceux-ci bénéficient d’une connexion wifi comme c’est le cas pour les avions ou encore les trains.

Quant aux moteurs de recherches, nous nous sommes rendus-compte que les moteurs « écologiques » que l’on nous vendaient il y a quelques années ne l’étaient en fait pas du tout. Certes, Ecosia permettait de planter des arbres, Lilo de donner des sous à des associations… mais ils venaient ajouter une surcouche à Google ou encore Bing. Ils utilisaient donc les services des géants du numérique tout en ajoutant une interface par-dessus. Le coût écologique était plus important.

D’autres moteurs alternatifs se sont développés et Qwant qui commençait déjà à se faire connaître il y a quelques années occupe aujourd’hui une place centrale.

L’un des enjeux principaux a été de revenir à de la sobriété numérique.
Pour cela, nous nous sommes inspirés d’autres continents moins connectés et en particulier l’Afrique. Le numérique s’était développé bien plus tard sur celui-ci et les moyens financiers manquants, il ne cherchait pas une connexion constante mais surtout à améliorer la vie des habitants.
L’application m-Pedigree sauvait par exemple des centaines de vie tous les jours par un simple échange de SMS. Les utilisateurs envoyaient un SMS avec le numéro d’une boîte de médicaments et on leur répondait immédiatement s’il s’agissait d’un médicament ou d’une contrefaçon. Là où en France, il fallait deux millions d’octets soit 15 000 fois plus pour afficher la page d’un site d’accueil permettant de prendre rdv chez le médecin.
Prendre modèle sur la sobriété pourtant non choisie pratiquée en Afrique a permis de réduire drastiquement le poids des différents services.
Avant, jusqu’à 70% des lignes de codes étaient superflues. Les templates que prop
osaient WordPress étaient par exemple trop chargés. Ils téléchargeaient quantité de librairies, de fonctionnalités que très peu utilisaient réellement

Aujourd’hui, l’interface a été simplifiée au maximum et le design de base est très épuré. Au lieu de devoir aller farfouiller dans le code pour enlever des fonctionnalités, ceux qui s’en servent et qui le veulent peuvent venir les ajouter.

Aller vers davantage de sobriété est aussi passé par sortir le numérique de tous les endroits où il était superflu. Ainsi, lorsque je me promène aujourd’hui dans la rue, il n’y a plus autant d’écrans diffusant profusion d’informations. Celles-ci me noyaient d’ailleurs bien souvent et n’étaient que peu utiles. Exit les offres immobilières ou de voyages qui défilaient en vitrine d’agence. Exit aussi les menus sur écrans dans les fast food ou autres restaurants. Retour à la carte papier ou à l’ardoise qui a conservé toute son efficacité.
Cela ne répondait à aucune utilité sociale, écologique ou psychologique. La seule raison était celle économique et elle ne régit plus aujourd’hui en seul maître notre société.

Nous avons aussi appris à valoriser nos déchets car il y en a toujours. Au lieu de les voir comme sales et de les envoyer à l’autre bout du monde, nous favorisons le réemploi. Cela existait déjà depuis un moment avec les plateformes Backmarket… Mais aujourd’hui, cela s’est démocratisé. Le réemploi est la priorité principale. La France le fait maintenant à domicile, favorisant ainsi l’économie sociale et solidaire (ESS). L’insertion professionnelle des personnes à mobilité ou capacité réduite s’est retrouvée améliorée par cette revalorisation de nos déchets.

À partir de l’exemple du Japon en 2021, toutes les médailles olympiques sont maintenant fabriquées dans la mesure du possible en or et en argent issus du recyclage de nos équipements numériques. Une collecte est organisée au sein du pays d’accueil et parfois ceux limitrophes pour réunir le métal nécessaire.
Au fur et à mesure, cela ne sera plus possible car de moins en moins de déchets numériques sont produits chaque année. Mais c’est plutôt une bonne nouvelle qu’une mauvaise.

Des initiatives, comme celles d’Emmaüs Connect qui a lancé la première plateforme solidaire destinée à recueillir les dons de matériels usagés des entreprises, se sont développées en nombre.
La chaleur produite par les datacenters n’est plus perdue. Elle sert à chauffer les piscines, les infrastructures collectives ou encore les amphithéâtres des universités.
Les datacenters ne sont, en effet, plus de gigantesques fermes à do
nnées mais sont au contraire plus petits et proches de l’endroit où les données sont majoritairement utilisées. Ainsi, au lieu d’avoir quelques points centraux et un retour à un réseau polarisé, le web d’aujourd’hui est devenu local.


Quant au télétravail, nous avons été formé
s à l’impact qu’il pouvait avoir. En effet, lorsque les gens télétravaillaient, ils s’éloignaient de leur lieu de travail à la recherche d’une meilleure qualité de vie. Au lieu de réduire leurs trajets, cela n’avait donc aucun impact. Aujourd’hui, les gens télétravaillent et continuent pour certains à augmenter leur trajet, mais au moins, les gens sont au courant de cet « effet rebond » et cherche à l’amoin
drir. La pollution dont on n’a pas conscience ne peut pas être réduite, celle à laquelle on a été formé si.

Pour ce qu’il en est des messages, nous nous contentons le plus souvent des SMS. Ils permettent d’envoyer une information simple et efficace sans trop consommer. Mais vous comprenez bien qu’il a d’abord fallu nous éduquer à ces nouvelles pratiques. Ainsi, les forfaits ont arrêté d’être illimités. Certes, cela rendait la communication inégale puisque c’est surtout les foyers les plus modestes qui étaient touchés par ce nouveau coût financier. Mais, c’était déjà le cas avant car ils n’avaient pas toujours les moyens de pouvoir s’offrir un forfait illimité.

Grâce à ce coût remis sur le devant de la scène, nous avons compris que l’envoi de messages nécessitait une infrastructure à laquelle nous devions contribuer financièrement.

Nous réfléchissons ainsi avant d’envoyer un message. Est-il vraiment utile ? Nous privilégions aussi les appels par téléphone fixe que ceux par téléphone portable et nous évitons au maximum la visioconférence. Je ne le fais par exemple qu’avec mon frère qui vit en Australie. Nous nous appelons 30 minutes par mois par ce biais.

Exit aussi les vocaux que j’avais l’habitude d’envoyer. J’y racontais mes journées, ce que j’étais en train de vivre… Aujourd’hui, lorsque quelque chose m’arrive et que j’ai envie de le raconter à une amie, je privilégie le face à face et si je ne la vois pas souvent je l’appelle.

J’aurais aimé vous parler plus longuement de cette vie, ce futur possible qui s’offre à nous si nous voulons concilier transition numérique et transition écologique. Mais, je dois prendre la route.

Ce soir je rejoins des amis pour une soirée séries. On regarde la saison 6 de Peaky Blinders (super série au passage ! ). Cela fait déjà un moment qu’elle est sortie mais nous avons arrêté de regarder Netflix ou ce genre de plateformes de streaming.

Certes, elles permettaient de passer de très bons moments mais leur consommation était bien trop énergivore. De plus, elles nous enfermaient chez nous, seul devant notre écran. Là ce soir, tout le monde vient à la maison. Je suis passée à la médiathèque du quartier récupérer le DVD de la série et nous allons le projeter de mon ordinateur sur un grand écran.
Cela permettra de passer un bon moment, tous ensemble.
Il y a quelques années nous faisions parfois ce que l’on nommait des « Netflix party ». Nous lancions le même épisode chacun chez nous et la consommation était donc démultipliée. Là nous consommons pour beaucoup de personnes d’un coup. Et puis nous pouvons commenter directement le film ensemble et nous passer les pop-corn.
Rien ne vaut ces interactions sociales que nous avions perdues.

Je crois que c’est pour cette raison que ce type d’efforts ne m’a pas trop coûté.
Cela me permet de passer des moments avec d’autres.


Le numérique était censé nous connecter mais il nous a en fait très vite éloigné.
Les interactions sociales passaient par des canaux toujours plus longs et les échanges avec des personnes pourtant bien réelles n’étaient bien souvent plus que virtuels.
Entrer dans l’air du numérique responsable nous a reconnectés les uns aux autres mais cette fois dans des échanges en face à face, des moments partagés…
Je ne comprends pas comment nous avons pu passer à côté de cela, c’est pourtant l’essence même de notre nature humaine. L’homme est un être social.

Si je dois quand-même vous dire une dernière chose avant de partir c’est que pour prendre conscience de l’environnement, il faut commencer à se connaître, soi, réapprendre à sentir et ne plus seulement comprendre intellectuellement, retrouver l’unité, pour ne plus séparer et se sentir séparé.

Le monde de demain se construit dès aujourd’hui par des gestes très simples : regarder une vidéo en utilisant le signal Wifi, ce qui amène à consommer 23 fois moins d’énergie qu’en passant par la 4G ; éteindre sa box en quittant son domicile car celle-ci consommerait autant d’électricité qu’un grand réfrigérateur ; se connecter sur un site Web sans passer par Google, puisqu’une requête effectuée sur le moteur de recherche capterait autant de courant qu’une ampoule allumée pendant 1 à 2 minutes ; visionner un film en basse plutôt qu’en haute définition, ce qui diviserait par 4, voire même par 10 la consommation d’énergie…

La liste est encore longue mais je vous laisse le soin de vous renseigner sur le sujet. Les sites de l’Ademe, GreenIT.fr ou encore l’Institut du Numérique Responsable (INR) sont des ressources à aller consulter.

Nouvelle écrite par Hortense Quillet – janvier 2022