[#Nous avons vu] Naza : un documentaire qui dénonce le système de l’intérieur
Naza, lauréat du prix spécial du jury à la Mostra de Venise 2026, est le deuxième documentaire d’Yuval Abraham et de Rachel Szor. À travers des dialogues sur les toits de Tel-Aviv, des officiers de l’armée israélienne révèlent les procédés derrière les tueries touchant des civils à Gaza.
Yuval Abraham interroge des membres de l’armée. La nuit et l’isolement sur les toits apportent un cadre intimiste qui tranche avec les témoignages glaçants. Chacun à leur manière, les soldats expliquent la manière dont est utilisée l’intelligence artificielle pour choisir les prochaines frappes, l’indifférence quant aux victimes civiles. Ces silhouettes dont on ne distingue pas le visage racontent les crimes auxquels ils ont participé, et que, pour certains, ils regrettent.
Entre déresponsabilisation et déshumanisation
Le documentaire est divisé en quatre parties, dans chacune, une tactique de l’armée israélienne est révélée. Au départ : NAZA, un acronyme qui désigne les « dommages collatéraux », les victimes civiles lors des attaques. Mais derrière ce terme se cache aussi un pourcentage « acceptable » (sic) de victimes civiles. Un quota, qui dépend du grade de la cible au sein du Hamas, a été décidé. De 20% pour les rangs les moins important, à 100% s’il est très important.
Ce pourcentage est basé sur la marge d’erreur de Lavender, l’Intelligence Artificielle utilisée notamment pour cibler les prochaines attaques. La responsabilité est donc déplacée : ce ne sont pas les soldats qui choisissent les cibles, mais l’intelligence artificielle, ce qui leur permet de se déresponsabiliser. Une entité non-humaine décide de la vie et de la mort de dizaines de personnes, pour permettre à des soldats de dormir sur leurs deux oreilles.
Ces procédés mettent en lumière la façon dont les Gazaouis sont déshumanisés par les soldats et officiers. Le fait de consciemment autoriser une « marge d’erreur », plutôt conséquente, alors qu’il est question d’êtres humains, fait partie de cette déshumanisation qui permet de poser le terme de génocide sur ce qu’il se passe. L’un des interrogés approuve l’utilisation de ce mot. Il reconnait y avoir participé et les larmes dans sa voix sont audibles lorsqu’il exprime son regret.
Le témoignage de l’un d’entre eux est particulièrement marquant par l’analogie qu’il utilise : le régime nazi représente pour lui le mal absolu, et pourtant, il se demande quelle différence il y a entre eux et lui. Les points communs sont eux, bien trop visibles à travers le documentaire.
Entre résignation et indignation
Le film se termine sur des images de Gaza. Les bâtiments en ruines s’entassent sur les bords des routes. Des personnes fouillent les gravas dans l’espoir de retrouver des proches encore en vie après un bombardement israélien. Un passage parmi les plus déchirants montre un père qui appelle ses enfants dans les décombres sans qu’aucune réponse ne lui parvienne.
À la fin de la projection : le silence. Pendant de longues secondes. Un silence choqué, horrifié, qui dure, avant de laisser places aux applaudissements timides qui ne peuvent pas chasser l’horreur de ce qui a été vu.
Dans ce documentaire, la critique de la politique génocidaire de l’Etat israélien est rendue parfaitement explicite. Les officiers délivrant leur témoignage ont été anonymisés pour leur sécurité. Malgré cela, les propos du film sont démentis par le gouvernement, et les réalisateur·ice ne verront pas leur film diffusé dans leur propre pays.
Ce n’est pas le seul documentaire à lever le voile sur les exactions israéliennes à Gaza, mais il propose une vision originale où l’horreur est dévoilée au travers des yeux du bourreau. C’est un véritable plaidoyer qui force les spectateur·ices à ne pas fermer les yeux sur ce qui continue de se passer à Gaza.
Camille Fallica
Envoyée spéciale au Festival International du Film de La Roche-sur-Yon
Naza
Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor
2026, 80 minutes, Royaume-Uni
Le Cyel
Mardi 13 octobre à 20h45
Si vous n’avez pas pu assister à l’unique diffusion, le film sera disponible gratuitement sur le site du Gardian en novembre.