[#Nous avons vu] Le Labyrinthe de Pan : entre conte et réalité
Le Labyrinthe de Pan a fêté ses 20 printemps cette année. Et pourtant, encore aujourd’hui il peut faire l’objet de débat et d’analyses. Réalisé par Guillermo del Toro, ce film nous propose une histoire entre horreur et merveilleux, mettant en scène des hommes aux rêves brisé par le régime totalitaire de Franco ainsi qu’une enfant à l’imagination débordante. Un excellent rappel des catastrophes qu’entrainent ces régimes. Vingt ans après sa sortie c’est l’occasion de redécouvrir ce classique du cinéma.
Le Labyrinthe de Pan nous plonge dans l’Espagne franquiste, aux côtés d’Ofélia une jeune fille de 12 ans qui assiste au remariage de sa mère après la mort de son père. Son beau-père n’est autre qu’un gradé de l’armé franquiste, le capitaine Vidal, réputé pour sa cruauté. Pendant tout le long du film, il fait usage de la plus grande violence possible pour arriver à ses fins. Dans l’une des scènes il assassine, à coups de lampe torche, un civil qu’il suspectait d’être un résistant, puis il abat le père de cet homme de deux balles. Ce passage dénonce directement les actions et le pouvoir des gradés pendant le régime de Franco, à la fois juges et bourreaux.
Des ailes fantastiques
Ce film n’aurait sûrement pas connu une si grande renommée, sans l’apparition inattendue des fées et d’un faune. Ofélia voit un insecte se changer en fée lors de sa première nuit dans la maison du capitaine, elle le suit et parvient jusqu’au centre d’un labyrinthe caché derrière les arbres au fond de la propriété, qu’elle avait repéré dès son arrivée. Dans ce labyrinthe elle fit la rencontre du faune, un être ancien qui dit être les montagnes, les forêts, la terre et un ami de ses « vrais » parents, mais il lui révèle surtout qu’elle serait Moanna la princesse perdu du royaume souterrain. Il lui dit alors qu’elle doit effectuer trois épreuves avant la pleine lune pour retrouver et sauver son royaume de l’oubli et de la destruction.
Elle promet d’accomplir les trois épreuves et accomplit la première épreuves sans grande difficulté. Mais lors de la deuxième épreuve elle s’attire la colère d’un monstre ancien, comme le suggère les fresques de son antre. Ce monstre est appelé « l’homme pâle ». Encore aujourd’hui, peu de monstres égalent le frissons que l’on ressent lorsque l’on voit apparaître « l’homme pâle ». Ce monstre à la peau flasque, pâle, tachetée et surtout sans yeux sur le visage, représente la voracité car dès qu’Ofélia mange un raisin, la créature se réveille pour la dévorer.
Dilemme : fiction ou réalité ?
Pendant le film, de nombreuses questions se posent, notamment si le faune ne cherche pas à piéger Ofélia comme dans les contes pour enfant. Le faune insiste beaucoup pour qu’elle réalise les trois épreuves, allant même jusqu’à la menacer. Mais la grande question est : Tout cela est–il réel ? Ou Ofélia a-t-elle tout imaginé depuis le début ?
Elle adore les livres de contes et elle est soumise à diverses pressions et traumatismes : la mort de son père, le remariage de sa mère, la grossesse et la maladie de sa mère, le déménagement, la solitude parmi les soldats et le régime. Tout cela aurait pu la pousser à se réfugier dans des illusions.
À la fois réel, fantastique et horrifique, le labyrinthe de Pan nous parle de sujets douloureux cachés derrière une tournure fantaisiste.
Sa programmation au Festival international du film de La Roche-sur-Yon est une belle occasion de le redécouvrir. C’est un classique qui mérite d’être vu, ne serait-ce que pour comprendre comment le cinéma peut divertir et en même temps dénoncer les horreurs passées.
Nathan Meynadier–Randé
Envoyé spécial au Festival international du film de La Roche-sur-Yon
Le Labyrinthe de Pan
Un film réalisé par Guillermo del Toro
2006, 114 min, Espagne/Mexique
Cinéma le Concorde
Lundi 12 octobre, 18h30
Dimanche 18 octobre, 14 h