Entre ce que l’on veut et ce dont on a besoin, il y a un fossé et il arrive parfois que l’on se perde à vouloir chercher désespérément des réponses à nos questions. Ramona, le premier long métrage d’Andrea Bagney traite de ce choix cornélien qui divise l’individu entre son cœur et sa raison. Retour sur un film poétique et attendrissant.

Véritable hommage à la comédie romantique classique, le film nous entraîne dans les méandres amoureux d’une jeune trentenaire espiègle et réaliste. Après avoir vécu un temps à Londres, Ramona (campée par Lourdes Hernandez) rentre à Madrid afin de relancer sa carrière d’actrice. Profondément bouleversée par la disparition prématurée de ses parents dans un accident de voiture, la jeune femme développe un besoin presque obsessionnel de tout contrôler. Sa rencontre inopinée avec le charismatique Bruno (interprété par Bruno Lastra)  vient alors bousculer ses convictions et certitudes. Autour d’un café (quelque peu dilué avec du cognac et toutes sortes de plantes d’Amériques du Sud), les deux trentenaires se confient mutuellement sur les peurs qui les habitent, sur l’anxiété qui les ronge à petit feu. Les cadavres de bières se succèdent et les langues se délient. La conversation entre les deux inconnus se fait spontanément, naturellement, comme si ces derniers se connaissaient depuis toujours alors qu’il n’en n’est rien. Cette attirance mutuelle, qui s’apparente au fameux coup de foudre, conduit Bruno à dévoiler d’emblée ses sentiments naissants et pourtant si forts à Ramona.

Une mise en abyme colorée

Un avenir radieux et prometteur semble alors s’offrir aux deux tourtereaux. Seulement, si les histoires d’amour étaient réputées pour être simples, nombreux seraient les films qui n’auraient jamais vu le jour. L’ombre qui vient troubler ce potentiel bonheur parfait a un nom : Nico (Francesco Carril). En couple avec Ramona depuis presque 17 ans, le jeune homme est la seule constance, la seule famille qu’il reste à la trentenaire. Comme le dit si bien la protagoniste elle-même « il n’est pas mon mari mais c’est tout comme.» En colère et surprise par l’inattendue déclaration de cet homme qu’elle connait à peine, Ramona s’éclipse en espérant ne plus jamais le croiser de sa vie.

Coup du destin ou manque de chance, Bruno est le réalisateur du film pour lequel la jeune femme auditionne le lendemain. Ce dernier, toujours sous le charme de la belle inconnue, lui offre immédiatement le rôle. Décidément mécontente de la tournure des évènements, Ramona décline la proposition avant de revenir finalement sur sa décision. C’est ainsi que la jeune femme incarne le premier rôle féminin du film qui lui ressemble en tous points. Bruno ira même jusqu’à pousser le vice plus loin encore en baptisant son personnage Ramona, en hommage à sa nouvelle muse. Pour couronner le tout, l’intrigue du film du réalisateur s’apparente très fortement à la situation rencontrée par les deux protagonistes dans la réalité.

Si Ramona est plus troublée qu’elle ne le paraît, la trentenaire s’efforcera de refouler les sentiments incontrôlables qu’elle éprouve à l’égard Bruno afin de préserver son couple.

 

Une auto-exploration personnelle et romantique

Presque l’entièreté du long-métrage est photographiée dans un noir et blanc bien net qui laisse place à de douces nuances colorées lorsque la protagoniste est dans l’objectif de la caméra de Bruno. La captation des décors de la capitale espagnole déserte ajoute également une certaine poésie à ce film déjà romanesque. Rythmé par les arrangements orchestraux de Tchaïkovski et Beethoven, le long-métrage semble évoquer les classiques de Hollywood. En réalité, ce n’est pas ce que recherche Ramona. En effet, si le film est bel et bien être un hommage à la comédie romantique, il dépeint surtout une auto-exploration personnelle et romantique de la condition de la femme en début de trentaine. À travers Ramona, Andrea Bagney incite le spectateur à s’interroger sur la limite entre le « ce que je veux » et le « ce dont j’ai vraiment besoin » et sur la difficulté à faire ce choix. Les gens, selon Bagney, peuvent être faits l’un pour l’autre mais pas nécessairement pour être ensemble. Et c’est précisément cette “anti-romance” qui guidera Ramona tout au long de sa réflexion philosophique et amoureuse.

L’universitaire François Brunet écrivait “qu’un amour impossible qui devient possible, c’est tout un monde qui s’écroule”.  Qui sommes-nous donc pour distinguer ce qui est possible de ce qui ne l’est pas? À quel prix pouvons-nous perdre notre monde?

Ramona pourrait ainsi s’apparenter à une représentation théâtrale qui met en scène l’un des nombreux dilemmes de la vie. Véritable chef-d’œuvre de tendresse et de bon sens, le long-métrage sortira officiellement dans tous les cinémas français le 25 novembre prochain.

 

Romane Pichon

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