[#Nous avons vu] Burgundy. Strip-tease en majesté.

Burgundy. Bourgogne. Au commencement cette impression de regarder un équivalent de Strip-Tease, la célèbre émission documentaire belge. Une famille de grands propriétaires terriens. Leurs échanges, leurs traditions. Tout est cossu, tout semble suranné, pourtant tout est si sensible, si vivant.  Et tout de suite, à chaque plan, des « gueules », des personnages qui impriment ou crèvent l’écran. Alors très vite on bascule dans quelque chose d’autre.

Chaque plan est un tableau dont la composition s’impose à nous sans heurt, en majesté. Autant de plans que de tableaux dans lesquels se succèdent les échanges, presque toujours entre deux acteurs et actrices, qui en fait n’en sont pas ou le sont presque. Des gens que les deux réalisateurs, Michael Dweck et Gregory Kershaw, sont allés chercher. Des tableaux mouvants, souvent en plan fixe. Avec au centre ces personnages, pas des acteurs professionnels mais tellement dans leur profession que rien d’autre n’est nécessaire : le sommelier, le maître d’hôtel, le jeune aspirant, le « nez », le petit-fils du grand propriétaire, la jeune sommelière en formation. Et quelques autres.

Une histoire d’amour forcément. Une histoire de succession évidemment. Une histoire de frustration lumineusement. Portraits sensibles. Toutes et tous d’une justesse et d’une force magistrale.

Dans ce monde des grands propriétaires  où tout n’est pourtant qu’outrance les deux réalisateurs s’attachent à la délicatesse des relations. Ce n’est pas un film où l’on éclate, de rire ou en sanglot. Mais c’est un moment de cinéma ou l’on déguste une palette de sentiments qui vont de l’épanouissement d’un sourire à la formation d’un regret au coeur. C’est léger et donc c’est immense.

Et puis ces échanges, ces dialogues souvent improvisés – dira l’un des réalisateurs après la projection – mais qui sonnent si juste et si clair. Car dans ces tableaux mouvants où deux personnages discutent, les voix sont autant de lignes mélodiques qui se répondent. Il y a la basse et le rauque, il y a le clair et le chantant, il y a l’allegro de la comédie et le moderato des sentiments.

Et quand même au milieu de toute cette galerie de portraits, l’un qui particulièrement crève l’écran et nos pupilles comme l’évidence d’un grand caresse nos papilles. Enzo Ferraroli. La gueule de Gabin, la coiffure de Johnny, les pognes démesurées, les avant-bras de Brad Pitt sous stéroïdes, la garde-robe de Belmondo dans Borsalino, et l’accent d’Arno avec du velours dans la voix même s’il est, en fait, Enzo, du Jura.

C’est donc tout à la fois un film plein et un documentaire entier. C’est un objet cinématographique sensoriel essentiel. Une peinture. Une dégustation. Une musique. Et réciproquement.

Le film de Michael Dweck et Gregory Kershaw repasse en projection, alors n’hésitez pas enivrez-vous sans trêve.