[#Cadavre exquis] Samedi. Le repas de famille

Un jour au festival. Des films. Des histoires.
Chaque matin, sur le principe du cadavre exquis, découvrez en une histoire courte, la programmation des films de la journée.

Un jour dans la vie de Jo (A DAY IN THE LIFE OF JO), eut lieu un repas de famille, une aventure épique (A MIGHTY ADVENTURE). C’était vraiment LA BELLE ANNÉE pour organiser ce repas : tout le monde pouvait être présent pour y assister. Au départ, il devait avoir lieu avec Hasan à Gaza (WITH HASAN IN GAZA), mais, à la suite de quelques désagréments d’ordre géopolitique, le repas eut lieu en Bourgogne (BURGUNDY), région syndicale (UNION CONTY) où vécurent notamment Waldeck Rochet et Pierre Bérégovoy.

Ce repas de famille, Jo l’avait déjà vu dans un rêve, une sorte de MASAYUME, comme on dit en japonais. Toute la famille vaquait à ses occupations : la grand-mère faisait chauffer (HEAT) de l’eau pour les pâtes, le grand-père essayait de capter RADIO BONHEUR sur son vieux poste à galène et le gendre, un peu bobo, posait sur la table des bières artisanales DOUGLAS GORDON BY DOUGLAS GORDON. Le jeune Timmy, étudiant en psycho se revendiquant de Jacques Lacan, portait un t-shirt sur lequel était écrit OBJET A. Dans le fond, tonton Gérard, qui affichait déjà 3,8 g/L, imitait un jeune de cité qui chantait Carmen (en tout cas, ça y ressemblait) : « Yo, l’amour est un oiseau rebelle (YO LOVE IS A REBELLIOUS BIRD). » En face, un cousin fan d’astronomie racontait dans le détail l’évolution de la couleur de la Grande Tache rouge de JUPITER, pendant que son interlocutrice découvrait une passion subite pour la texture du gâteau, qui contenait trop de sucre (TOO MUCH SUGAR).

À l’intérieur, dans le salon, une histoire aux tons bien différents se déroulait. La tante Roseline, vêtue de sombre et portant LE CORSET serré, racontait entre deux sanglots ses mésaventures : « Voici deux mois que je ne dors plus (SLEEP NO MORE), depuis ce moment fatidique, UN PEU AVANT MINUIT, quand a retenti le cri « UN HOMME À LA MER ! » à bord de cette croisière. Suite à ce tragique incident, j’ai perdu mon mari bien-aimé. » Vérifiant qu’elle avait bien toute l’attention de son auditoire, elle poursuivit : « Cela n’a pas toujours été facile. Dès le mariage, d’ailleurs, j’étais la mariée difficile (THE DIFFICULT BRIDE), car je pensais – et je le pense toujours, d’ailleurs – que je mérite un amant dont chaque lever déchaîne des destins embrasés à travers les cieux (I DESERVE A LOVER WHOSE EVERY RISE SETS FIERY DOOMS RAGING ACROSS THE SKIES). Je ne pense pas pouvoir trouver quelqu’un qui puisse autant me combler que lui, et c’est pour cela que je resterai fidèle à Tristan pour toujours (TRISTAN FOREVER). »

Mais il manquait une dernière touche pour compléter ce tableau presque idyllique. On avait réuni les différents petits-cousins, âgés de 6 à 11 ans, dans la partie basse du jardin. Cela formait un joyeux club auquel on avait distribué des chasubles fluorescentes sur lesquelles était écrit en grosses lettres « Enfants du club » (CLUB KID), afin de les différencier de ceux des voisins. Du haut de ses 16 ans, Enzo le plus âgé des mineurs, avait été réquisitionné afin de veiller sur les enfants et les grillades. Pour lui, cette affectation était vraiment le parc de la punition (PUNISHMENT PARK), un châtiment, d’autant plus qu’il devait gérer le petit ARTOU, le plus capricieux de la bande, qui réclamait à cor et à cri neuf chevaux sauvages (WILD HORSE NINE).

En tout cas, Jo était satisfait de sa journée et, quand sonna la clôture (CLOSURE) de ce repas, toute la famille s’exclama : « La prochaine fois, on n’attend pas dix ans pour faire un repas de famille ! »

 

Léo Fonteneau
Envoyé spécial à La Roche-sur-Yon