[#Nous avons vu] American Dream – La grève dans les États-Unis reaganiens
1985. Une baisse des salaires secoue l’usine de conditionnement de viande Hormel Foods, dans la ville d’Austin, Minnesota. La section locale du syndicat représentant les travailleurs entame un bras de fer avec la direction de l’entreprise. Mais les temps changent, et les patrons sont prêts à tout pour remporter cette lutte.
En 1990 sort sur grand écran American Dream de Barbara Kopple. Acclamé dès sa sortie, remportant l’Oscar du meilleur documentaire, le film livre un récit au plus près de l’action, la réalisatrice filmant les différents bords de ce mouvement social historique. Elle documente sur sa pellicule les dures conditions de travail dans cette usine d’où le cochon ressort méconnaissable après que chaque partie a été triée, découpée et utilisée, transformée en corned-beef (dont le célèbre SPAM), saucisses et autres côtelettes.
Mais bien plus que les conditions de travails, le principal sujet de ce film, c’est l’action syndicale, avec ses réunions, ses débats, ses tentatives de négociation avec la délégation patronale qui ne mène à rien, car elle n’a aucun intérêt à améliorer les conditions de travail ; les piquets de grève en plein mois de décembre, les heurts avec la Garde nationale venue forcer le passage et permettre ainsi à l’usine de continuer de fonctionner.
La défaite ouvrière, un rêve américain brisé
En effet, après un an de crise, la section P-9 de l’UFCW (United Food and Commercial Workers) est obligée d’arrêter la grève. Le syndicat national, opposé au mouvement depuis ses débuts, reprend alors autoritairement le contrôle de la section locale suite à une reprise en main autoritaire par le syndicat national, qui s’était opposé à la grève car elle allait à l’encontre d’une tradition syndicale de conciliation et de négociation avec le patronat. Mais la principale raison de l’échec de cette tentative de défense du droit des travailleuses et des travailleurs, c’est la dureté de la direction d’Hormel Foods qui, au début de la grève, déplace sa production sur les autres sites de la firme et qui, voyant le mouvement durer, décide de remplacer les syndiqués par des contractuels plus dociles. Finalement, alors que la grève a été suivie par près de 93% des salariés, seuls 20% des grévistes seront réembauchés.
American Dream, c’est donc un documentaire prenant sur le chant du cygne du syndicalisme traditionnel américain, né du compromis du New Deal dans les années 1930, qui est remplacé par un esprit du profit à tout prix et du chacun pour soi, valeurs cardinales de la présidence de Ronald Reagan (1981-1989).
Le film raconte ainsi la mort de l’American Dream, asphyxié par un capitalisme prédateur et débridé.
American Dream
Film de Barabara Kopple, 1990, 100 min
États-Unis VOSTF – Langue : anglais
Diffusion : mercredi 14 octobre à 9h15 au Concorde
Léo Fonteneau
Envoyé spécial au Festival International du Film de la Roche-sur-Yon