[#Cadavre exquis] Jeudi. Mouse et la prophétie du blaireau

Un jour au festival. Des films. Une histoire.
Chaque matin, sur le principe du cadavre exquis, découvrez en une histoire courte, la programmation des films de la journée
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– Masayume ! s’exclama sa mère sur le point de partir. Peux-tu Changer l’eau des fleurs avant de te rendre au marché ?

– Bien sûr, maman !

Masayume s’exécuta. Alors qu’elle remplissait à nouveau le vase, un petit blaireau lui sauta sur l’épaule. Il lui tira le tee-shirt.

– Oui, Mouse, on va y aller !

Le marché était situé à Amazomania, la ville d’à côté. Masayume s’y rendait tous les matins afin d’aider sa mère. Mais avant qu’elle ne franchisse la porte de sa maison, Artou, le vieux druide du village, apparut.

– Masayume, rentre. Assieds-toi. J’ai quelque chose à te dire.

Déconcertée, la jeune fille laissa le vieil homme la guider.

– Tu es visée par une drôle de prophétie. Enfin, pas toi exactement, mais ton blaireau.

– Mouse ?

– Oui. Je vais te conter la prophétie. Celle-ci dit :

« Lorsque l’Atlas de l’Univers en Jupiter sera,
Sanguine sera la destruction de ce monde.
Pour que Notre Salut soit,
De la Mémoire d’un blaireau, la parole devra s’élever. »

– C’est complètement délirant ! Si je comprends bien, Mouse doit parler pour pouvoir sauver le monde ?

– C’est en tout cas ce que dit la prophétie. Les dieux peuvent parfois se montrer très joueurs… Mais nous n’avons pas de temps à perdre : l’Atlas de l’Univers sera en Jupiter dans sept jours. Tu dois te rendre avec Mouse à Bamako. C’est là qu’il se situe. Je t’ai fait préparer un bateau : le Rose of Nevada. Il te conduira jusqu’à Persepolis. Ensuite, tu devras continuer à pied.

Pressés par le druide, Masayume et Mouse partirent dans l’heure qui suivit en direction de ce fameux Atlas. Après une journée de navigation, ils atteignirent Persepolis. Ils marchèrent ensuite quelques heures, traversant Union County et sa capitale, Union Town, avant d’enfin arriver à Bamako. Là-bas, l’air était lourd et oppressant, comme annonciateur de la fin tragique qui guettait le monde. Masayume et son blaireau pressèrent le pas.

En pénétrant à l’intérieur du temple, les deux compères furent impressionnés. De toutes parts, des étoiles étaient représentées, couvrant les murs, le plafond et le sol. En regardant de plus près, Masayume s’aperçut que l’Atlas de l’Univers reflétait le ciel étoilé en temps réel. Elle remarqua également d’étranges entailles sur la porte du fond. Elle tenta de l’ouvrir, mais sans succès. La porte était scellée.

Mouse se plaça alors en Jupiter. D’un coup, une lumière aveuglante surgit de l’étoile et fonça droit sur lui. Les Belles Cicatrices de la porte s’illuminèrent. Le blaireau s’éleva quelques instants dans les airs avant d’être ramené au sol.

– Mouse, tu vas bien ? s’écria la jeune fille en se précipitant vers lui pour le prendre dans ses bras.

– Takkuuk !!! lui répondit le blaireau.

Masayume se figea.

– Tu, tu parles… Pour de vrai ? La prophétie disait donc vrai !!

– Holy Wood Dust ! jura Mouse. You didn’t think I would be able to speak! (Poussière de bois sacrée ! jura Mouse. Tu ne me croyais pas capable de parler !)

– Mais, tu parles anglais !

– No kidding, Sherlock ! ironisa l’animal. You haven’t eaten Too Much Sugar yet for the silliness to go to your head. (Bien joué, Sherlock ! ironisa l’animal. Tu n’as pas encore mangé trop de sucre pour que ces bêtises te montent à la tête.)

– Hé ho ! Ce n’est pas parce que tu peux parler que tu es obligé d’être désagréable. Et je te signale que je comprends l’anglais. Je suis éduquée, moi !

– Well done ! You will undoubtedly be The Difficult Bride. (Bravo ! Tu seras sans aucun doute la mariée difficile.)

Masayume s’offusqua. Mouse, reconnaissant qu’il était peut-être allé trop loin, s’excusa :

– Sorry, Maza. I didn’t want to hurt you. It’s so different between the world of badgers and that of humans. I can’t say the same things. (Désolé, Maza. Je ne voulais pas te blesser. C’est si différent entre le monde des blaireaux et celui des humains. Je ne peux pas dire les mêmes choses.)

– Ce n’est rien, Mouse, je te pardonne. Bon, allons délivrer notre monde de l’affreuse tragédie qui lui pèse dessus ! s’écria la jeune fille en se dirigeant vers la porte qui était close quelques minutes plus tôt.

Derrière celle-ci se trouvait un grand escalier dont on ne voyait pas la fin. Il semblait grimper jusqu’au ciel.

– Come on ! Let’s climb The Spiral to avoid ending up in the Bowels of Hell, with its Hot Water and stifling Heat ! (Allez ! Grimpons la spirale pour éviter de finir dans les entrailles de l’enfer, avec son eau chaude et sa chaleur étouffante !)

Arrivés en haut de la tour, c’était comme si la ville entière les attendait. Une foule était massée tout autour du temple, avide d’entendre les deux arrivants.

Mouse se lança alors dans une longue tirade, en anglais, bien entendu. La mémoire de son passé et de ses vies antérieures lui était revenue en même temps que la parole. Il raconta alors à la foule la fondation du temple, comment les blaireaux y avaient contribué, puis l’extinction progressive de ses pairs. Il termina par une mise en garde : ce qui est arrivé aux blaireaux peut arriver aux humains. Si l’espèce humaine ne prend pas cet avertissement en considération, alors la destruction du monde sera impitoyable.

Son discours fut applaudi longuement et, de part et d’autre, les gens l’interpellaient. Le blaireau, exténué, glissa à Masayume :

If I Go Will They Miss Me ? (Si je pars, est-ce qu’ils me regretteront ?)

 

Enora Daheron
Envoyée spéciale au Festival international du Film de La Roche-sur-Yon