Les élèves du projets tuteuré Pôle Littérature du Grand R, scène nationale, vous présente la deuxième interview sur la double culture. Pour ce deuxième jour, c’est Alma Sadek qui nous fait part de son vécu.

Quelle est l’origine de tes parents ?
Je suis Alma Sadek, j’ai 20 ans. Ma mère est française et mon père est marocain.

Vivent-ils dans leur pays ? Y retournent-ils ?
Non ils ont toujours vécu en France. Mon père est arrivé ici lorsqu’il avait 6 mois et y retournait pendant les vacances. Mais mes parents ne vont pas au Maroc.

Es-tu déjà allée dans le pays de tes parents ?
Comme mes parents ne vont pas au Maroc, je n’y suis allée qu’une seule fois.

As-tu appris les deux langues ?
Non, en réalité mon père est très francisé car il a toujours vécu ici. Donc nous avons un peu été éloignés de cette éducation, et je ne parle que français. Ce n’est que maintenant que moi-même je fais la démarche de lire et écrire l’arabe, mais je ne le comprend pas encore.

As-tu l’impression d’appartenir plus à une culture qu’à une autre ?
Jusqu’à mes 15 ans je me sentais plus française, même dans mes amis, et ensuite, quand je suis devenue musulmane, là ça a commencé a changé, mais sans m’identifier forcément à la culture marocaine, c’est plutôt une identification à une religion.

Est-ce que la double culture a eu une influence dans ton éducation à la maison ? Dans quelles mesures ?
Oui. Je pense qu’il y a eu une influence même si on ne nous le faisait pas ressentir dans la transmission des valeurs, du respect des autres, on est très altruiste, chaleureux, bienveillant. C’est quelque chose que l’on retrouve dans la culture française aussi évidemment.

Penses-tu que cette double culture est une force ?
Oui, parce que moi je suis ouverte à tout le monde, il n’y a pas de question de race ou quoi ; on est tous égaux, et on m’a donc enseigné dès petite à être ouverte d’esprit par rapport à tout ça et je n’ai pas de frontière, peu importe où je serai dans le monde je serai chez moi.

Comment ça se passe socialement ?
Ça se passe bien. Moi je viens de Nantes donc c’est très cosmopolite, et il est vrai qu’aujourd’hui je suis moins à l’aise dans les endroits où il n’y a pas de noirs ou d’arabes car j’ai toujours grandi dans un environnement très mélangé. Mais aujourd’hui je commence à le prendre de plus en plus mal lorsque j’ouvre les infos et qu’on nous crache dessus, c’est quelque chose que je vis mal, et je n’ai qu’une hâte c’est de partir de la France car tu sais que tu es jugé, que tu vas galérer à trouver du travail, tu sais que tu es discriminé alors que moi je connais mon niveau, et je pense que c’est de la perte. Quand tu rentres dans une boite d’intérim et que tu donne ton CV, tu sais déjà à la façon dont on te regarde que tu n’auras pas de réponse.

Concernant la transmission des valeurs culturelles, y a-t-il quelque chose que tu regrettes ?
Oui la langue, c’est une galère d’apprendre la langue à notre âge maintenant, alors que pour moi c’est essentiel.

As-tu bien vécu cette double culture lors de ton enfance ?
Oui, sans problème. Mon frère lui l’a vécu très différemment mais pas moi.

Qu’est-ce qui a changé par rapport à aujourd’hui ?
Ce qui a changé c’est le fait qu’avant je me sentais intégrée, et alors que j’ai toujours été scolarisée ici et vécu ici, maintenant je me sens exclue. Et même si on me le fait pas vivre, tu allumes la télé et tu te fais lyncher, et même si c’est pas toi, tu vois les autres.

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